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sur liberation.fr
(Liberation.fr
, 23/03/2004)
Ma Yan : « Je ne
sais pas encore si je deviendrais écrivain » Mardi 23 mars, Ma Yan,
ladolescente chinoise devenue célèbre grâce à son journal, a répondu
en direct aux questions des internautes.
Ma
Yan est une adolescente chinoise dont le journal intime, « découvert
» par Pierre Haski, notre correspondant à Pékin, est devenu un livre
best-seller, « Le journal de Ma Yan ». Invitée du Salon du livre,
elle est en visite à Paris. Lire son histoire dans « Libération »
du 11 janvier 2002.
# Maria : Racontez-nous votre vie avant lécriture de ces lettres
? Ma Yan. Avant que je reçoive de laide, mes parents partaient toutes
les saisons de lannée pour chercher une herbe des steppes (lire [larticle).
Mes deux frères et moi restions seuls à la maison. Au retour de lécole,
personne nétait là pour faire la cuisine. Maintenant notre vie a
beaucoup changé, mes parents restent à la maison et travaillent aux
champs toute lannée. Le samedi, tous les trois nous rentrons à la
maison, nos parents sont là et nous préparent de bons repas. Ce nest
pas comme avant, on avait tout le temps le souci de continuer lécole
ou darrêter lécole. Maintenant, nous nous concentrons sur nos études,
en laissant de côté la question darrêter lécole.
# chinagirl : Doù venez-vous en Chine ? Ma Yan. Ning Xia, une zone
autonome de Hui -dans le nord-ouest de la Chine.
# lou : Ma Yan, quelle vision aviez-vous de lEurope et de la France
avant de rencontrer Pierre Haski ? Ma Yan. Je savais que la France
existait, que les Etats-Unis, la Chine existaient en tant que pays,
je lai appris dans les cours de géographie. Seulement le nom, rien
dautre que le nom du pays.
# Maria : Pouvez-vous nous dire comment vous avez perçu lintérêt
de Pierre Haski pour votre vie de pauvre paysanne chinoise ? Ma Yan.
Maintenant je peux continuer lécole sans souci, il ma sauvé dun
grand abîme. Un abîme de destruction.
# chinagirl : Ça fait quoi de venir en France ? Est-ce que la ville
est très différente des villes que vous connaissez ? Quest-ce qui
vous surprend le plus ? Ma Yan. Jai rencontré des gens de couleurs
différentes à Paris, ils paraissent tous sympathiques, surtout dans
la famille qui me loge.
# Maria : Les rapports avec les vôtres ont-il changé depuis que vous
voyagez ? Comment les voisins de votre village vous regardent-ils
aujourdhui ? Ma Yan. Ils sont plus chaleureux quavant, en semaine
je suis à lécole, le samedi je rentre et les autres villageois viennent
chez moi, ma mère les invite à manger. Les villageois sont très contents
de rencontrer monsieur Haski et son assistante chaque fois quils
viennent dans le village. Ils ont apporté beaucoup de stylos et de
carnets et les gens sont fiers de recevoir un étranger et une Pékinoise
dans leur village. Les gens des autres villages nous envient aussi.
# lou : Quel était votre état desprit lorsque vous avez commencé
à écrire ? Ma Yan. Je voulais noter ce que je voyais, ce que jentendais,
cétait un travail demandé par le professeur.
# lou : Pourquoi un journal intime ? Naviez-vous personne à qui vous
confiez ? Quelquun qui vivait la même situation que vous ? Ma Yan.
Ma mère nétait jamais là, elle était tout le temps sortie, travaillait
loin de chez moi, et je devais finir le travail demandé par le professeur.
# timb : Le livre a été traduit en Chinois ? Ma Yan. Oui.
# timb : Où en est Ma Yan aujourdhui ? Elle est avec vous à Pékin
? Comment se passe ce chat ? Merci de nous éclairer Ma Yan. Maintenant
je suis à Paris, je suis au siège de Libération, normalement je vis
dans le village Zhang Jia Shu. En ce moment je suis en voyage à Paris.
# lou : Où en est lassociation « Enfants de Ningxia » ? Lexpérience
va -t-elle sétendre à dautres enfants ? Pierre Haski. Lassociation
aide désormais plus de 250 enfants de cette région, à continuer leur
scolarité et elle aide le collège de Ma Yan à améliorer ses facilités
éducatives.
# hasan : Quest-ce qui ta le plus touché ou émerveillée au salon
du livre ? Ma Yan. Jai rencontré des gens très différents, différents
de couleur, ils ont tous lu le livre sur mon journal et ils sintéressent
tous aux enfants du Ning Xia.
# timb : Lorsquelle a écrit ces cahiers, Ma Yan pensait-elle quils
seraient lus un jour par qui que ce soit ? Ma Yan. Non, jamais, je
voulais juste finir le travail du professeur et noter ce que je voyais
et ce que jentendais.
# lou : Comment avez-vous rencontré Pierre Haski ? Ma Yan. Je ne lai
pas rencontré la première fois quil est venu dans mon village, seulement
quand il est revenu la deuxième fois. Un oncle chinois est allé me
chercher au collège, et il ma dit quil y a un étranger, quelquun
venu de Pékin qui voulait me rencontrer, il avait vu mon journal et
il le trouvait intéressant. Je me souviens que cest le 29 juin 2001.
Jai rencontré monsieur Haski et il ma laissé des livres sur la Chine,
sur lhistoire de la Chine et sur la poésie chinoise et plus de 1.000
yuans (100 euros) pour que je continue lécole. Il ma dit quil ne
me laisserait jamais tomber, quil maiderait pour que je reste à
lécole.
# arti. Lidée de le publier avait-elle germé à cet instant-là ? Ou
est-ce venu beaucoup plus tard ? Ma Yan. Pas sur le champ, beaucoup
plus tard, monsieur Haski est revenu dans mon village et ma apporté
la nouvelle de lintention de la publication du journal.
# lou : Quavez-vous pensé de lui, "létranger" ? Ma Yan. Il est lhomme
le plus important pour moi, pendant que jallais vers la destruction,
la mort, si jarrêtais lécole, jallais vers la mort, il ma sauvée,
en même temps il a sauvé beaucoup dautres filles pauvres.
# lou : Avez-vous visité des écoles en France ? Ma Yan. Ce matin jai
visité une école, le professeur était avec les élèves, ils ont dessiné
beaucoup de dessins et de poèmes pour moi, jétais très surprise et
très heureuse de les rencontrer, de voir leurs visages souriants,
chaleureux.
# timb : Désirez-vous vous consacrer à lécriture ? Quels auteurs
chinois aimez-vous ? Ma Yan. Jaime le plus Lu Xun. Et je ne sais
pas encore si je deviendrais écrivain.
# timb : Est-ce que vous poursuivez lécriture dun journal intime
? Ma Yan. Oui, je continue. Depuis que beaucoup de gens maident,
je note tous ces gens, à quoi ils ressemblent, à quoi ils pensent.
# hera : Cest qui Lu Xun ? Ma Yan. Cest un écrivain chinois, essayiste,
des années trente, mort depuis longtemps.
# chinagirl : Il y a beaucoup de vos compatriotes en France. Envisagez-vous
de faire votre vie à létranger ? Ma Yan. Je nai pas encore réfléchi
à cette question, jai vu beaucoup de choses nouvelles en France,
tout est nouveau pour moi.
# lou : Pierre Haski, vous êtes journaliste. Quelle place pour lhumanitaire
dans la profession ? Pierre Haski. Auparavant, dans ma vision idéaliste,
je pensais quil suffisait que je dénonce une injustice pour quelle
soit corrigée. Pour la première fois, jai été mis devant une situation
où je pouvais, grâce au soutien et à la réaction des lecteurs, corriger
une injustice que javais décrite dans le journal. Jai sauté ce pas,
et je ne regrette pas, mais il est difficile de théoriser à ce sujet.
Cest un incroyable concours de circonstances, qui aboutit deux ans
plus tard à la visite de Ma Yan en France, et à un mouvement de solidarité
de plus en plus important.
# lolo : Quest-ce qui a changé dans votre vie après la publication
du livre ? Ma Yan. Mon père a acheté une moto, nous avons acheté un
téléviseur couleur, nous avons repeint la maison, nous avons acheté
un âne et des moutons. Maintenant mes frères et moi nous avons chacun
un nouveau sac pour aller à lécole, dans le passé notre sac était
fait à la main par ma mère. Merci pour vos questions.
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