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Le Pays de la soif

24/06/2005

C'est une chose de savoir qu'une partie de la Chine souffre de la sécheresse (tandis qu'une autre vit des inondations catastrophiques comme le désastre qui vient de frapper le Heliongjiang); c'est autre chose d'entendre un vieil homme de 74 ans à la barbiche blanche, un musulman Hui du sud du Ningxia, vous dire que c'est l'année la plus sèche depuis sa naissance. Ou de voir des champs verdoyants pourrir sur pieds parce qu'il n'a pas plu une goutte d'eau au cours du mois écoulé.
Le sud du Ningxia souffre d'une sécheresse chronique depuis vingt ans, à l'exception de trois ou quatre bonnes années de récolte au milieu. Cette fois, cela fait trois ans qu'il ne pleut pas assez, et cette année pas du tout. Dans cette région enclavée, dans ces villages encastrés dans des montagnes arides et dépouillées, c'est un vrai désastre. Les paysans savent qu'ils ne pourront rien récolter cette année, et qu'ils devront acheter au prix fort l'eau potable qu'ils consomment ou nécessaire à la survie de leurs quelques moutons et vaches : 80 yuans (8 euros) le mètre cube d'eau. Résultat: la consommation d'eau est réduite au minimum, on lave rarement les vêtements, l'hygiène est catastrophique, les enfants ont des problèmes de peau car les familles coupent l'eau potable d'une eau saumâtre qu'ils vont chercher au fond d'un ravin à une heure de marche de chez eux.
Toute l'économie de la région s'en ressent. Une commerçante de la commune de Yuwang, qui dépend de la clientèle des villages alentour, a vu son revenu réduit à moins de 100 yuans (10 euros) par mois parce que les paysans ne consomment plus. Dans une autre famille, l'homme qui allait chaque année travailler trois mois sur les chantiers de Mongolie intérieure pour gagner quelque argent va partir cette année six mois pour compenser le manque à gagner de la terre.
Un air de tragédie frappe ces villages oubliés de tous et en particulier de leur gouvernement. L'étranger de passage est accueilli par cette phrase rituelle : "il n'a pas plu cette année"... Un directeur d'école nous dit en riant : "l'ONU a déclaré notre région impropre à la vie humaine; chaque jour de survie supplémentaire est un défi à la nature"...
Au milieu de cette détresse, l'espoir : les jeunes que nous aidons dans cette région font leur chemin pour surmonter la fatalité de la misère. A Tongxin, le chef lieu du district, j'ai retrouvé l'une de nos boursières, une lycéenne qui vient de passer l'examen d'entrée à l'université. Résultat prochainement : si elle réussit, elle sera la première fille de son village, Zhang Jia Shu, le village natal de Ma Yan, à aller jusqu'à l'université, la fatalité aura perdu.

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