lettre 31 (mars-avril 2005)

Publié le par minet

LA LETTRE DU NINGXIA/
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La lettre des enfants du Ningxia

MARS-AVRIL 2005

Bonjour, D’abord l’histoire d’un vrai “miracle” à Zhang Jia Shu, le village natal de Ma Yan. Nous avions déjà évoqué, dans une lettre précédente, l’opération financée à l’initiative de l’une de nos membres, pour aider un petit garçon né avec les pieds déformés. Hélène avait pris des photos des pieds de l’enfant l’été dernier, et les avait montrées à des spécialistes en France ; ils avaient jugé l’opération possible et elle avait recueilli autour d’elle les 700 euros nécessaires pour financer l’intervention qui a eu lieu en février. La chaîne de solidarité a été totale ; l’association a apporté son soutien logistique, et Bai Juhua, la mère de Ma Yan, s’est occupée d’aider l’enfant et sa mère à se rendre à l’hôpital de Yinchuan, la capitale du Ningxia...
Début avril, je me suis rendu à Zhang Jia Shu, et j’ai vu le résultat : cet enfant qui marchait autrefois sur la tranche de ses pieds déformés, en sautillant comme un canard, porte désormais des chaussures et marche sur la plante des pieds. Il a encore un léger problème au pied droit qui sera corrigé à l’hôpital, mais il faut voir le bonheur de ce garçonnet qui est désormais “comme les autres”, et surtout la joie sans limites de ses parents, des paysans pauvres du Ningxia, pour juger de l’impact de cette opération. Pour cette famille sans moyens, une telle opération était impensable ; l’accès à la santé est aujourd’hui payant en Chine, et hors de portée pour plus de la moitié des 800 millions de paysans chinois. 700 euros pour changer une vie, ça vaut le coup! L’association n’a pas pour vocation initiale de traiter des questions de santé, un chantier immense d’une ampleur qui dépasse nos moyens.
Mais dans ce cas, comme dans celui, également évoqué dans une autre lettre, de la mère d’une de nos boursières opérée grâce à la solidarité d’un groupe d’étudiants britanniques, il semble absurde d’aider des enfants à aller à l’école mais de laisser des problèmes de santé plonger leur famille dans la tragédie. L’idée de créer un “fonds santé” fait son chemin, mais il faut procéder prudemment pour ne pas créer des espoirs que nous ne pourrions assumer.
Ce bref voyage au Ningxia, début avril, m’a également permis de faire le point sur la question des frais de scolarité. Dans la lettre précédente, j’avais fait état d’une annonce officielle en faveur de la gratuité des frais de scolarité pour les neuf années d’enseignement obligatoire, pour les enfants des familles les plus pauvres. Sans parler pour l’ensemble de la Chine, je peux simplement confirmer que dans le district du Ningxia où nous intervenons, cette gratuité est entrée dans les faits au second semestre 2005.
C’est une excellente nouvelle qui correspond à ce que nous espérions ardemment pour les familles démunies que nous aidons. Et nous pouvons être fiers d’avoir modestement contribué, avec la publication du Journal de Ma Yan en Chine, au débat croissant dans la société chinoise sur le fossé dangereux qui s’est creusé entre les plus riches et les plus pauvres au cours de cette décennie de croissance rapide, prélude à la décision qui nous intéresse. Dès le mois de mars, les directeurs des écoles que nous aidons nous avaient signifié que nous pouvions réduire le montant de nos bourses aux élèves.
Lors de nos discussions début avril, nous avons fait le constat suivant : les collèges ne réclament plus que les frais d’internat et de nourriture, qui concernent la grande majorité des élèves venant de villages trop éloignés pour s’y rendre tous les jours. Nous avons donc décidé, en accord avec nos interlocuteurs sur place, de modifier notre mode d’intervention : l’association prendra en charge, à partir de la rentrée de septembre, les frais d’internat de TOUS les pensionnaires des deux collèges que nous aidons, à Yuwang et à Ma Gao Zhuang, soit au total un bon millier d’élèves. Le montant est raisonnable : 60 yuans (environ 6 euros) par semestre. Et nous continuerons à envoyer des bourses, réduites de moitié, pour assurer les frais d’alimentation et de vie des boursiers que nous prenions déjà en charge. Restent inchangées les bourses des lycéens, qui doivent toujours payer leurs frais de scolarité et d’internat, ainsi que, demain, celles des étudiants qui ne manqueront pas d’émerger parmi les jeunes paysans que nous aidons.
Au total, l’engagement financier pour l’association sera légèrement supérieur à ce qu’il est aujourd’hui, mais l’impact sera plus grand puisqu’il touchera la totalité des élèves des établissements que nous aidons. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution qui va dans le sens que nous souhaitions, et nous permet de moins privilégier l’aide individuelle aux élèves et plus une action plus globale afin de donner de meilleures chances dans la vie à ces enfants de familles défavorisées et exclues.
Dans cet état d’esprit, nous venons d’installer, sur les fonds propres de l’association, 80 ordinateurs supplémentaires dans les deux collèges que nous aidons, Yuwang et Ma Gao Zhuang. Le collège de Yuwang avait déjà reçu 50 ordinateurs à l’automne, mais en raison du nombre d’élèves, cette seule classe était vite apparue comme insuffisante. Le collège dispose désormais d’une seconde classe. A la demande du directeur de Ma Gao Zhuang, nous allons également financer, comme nous l’avons fait à Yuwang, la fabrication d’uniformes scolaires pour ses 450 élèves. Nous avons pu constater à quel point, à Yuwang, ordinateurs et uniformes ont redonné une nouvelle fierté à ces élèves issus du bas de l’échelle sociale chinoise ; il suffit d’aller dans les villages le dimanche et de voir que les élèves ne quittent plus leur survêtement portant le nom de leur établissement...
Le soutien du public qui reste important, ainsi que la part des droits d’auteurs des deux livres qui est reversée à l’association, nous permettent de poursuivre ce programme important d’équipement. Mais il ne faut pas réduire la mobilisation et tous les soutiens sont nécessaires. Plusieurs initiatives ont été montées en France et à l’étranger pour réunir des fonds pour l’association : nous en donnerons quelques exemples dans une prochaine lettre.
Un dernier point : cela fait un peu plus de trois ans que nous avons démarré cette action de solidarité, dans la foulée de la publication du premier article sur le Journal de Ma Yan dans Libération puis de la sortie du livre. Il nous a semblé important de faire le point, par souci de transparence et d’efficacité. Une jeune femme française, consultante à Pékin, a accepté d’effectuer de manière bénévole un audit indépendant de notre action et de dégager quelques pistes pour l’avenir. Elle s’est rendue au Ningxia début avril ; son évaluation vous sera communiquée pour information et pour débat. En attendant, merci de votre fidélité et de votre soutien aux enfants du Ningxia.

 

Pierre Haski

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