Lettre 30 ( Février 2005)

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Bonjour, Les vacances du nouvel an chinois sont terminées, et le deuxième semestre a débuté. Nous avons augmenté, comme à chaque semestre depuis le début de notre aventure il y a trois ans, le nombre de boursiers de l’association, qui atteint désormais 475. Il faut dire que les demandes d’aide continuent d’affluer à notre bureau à Pékin : au cours du mois qui a précédé le début du second semestre, près d’un centaine de lettres nous sont parvenues, envoyées par des enfants qui nous demandent de les aider. En liaison avec les directeurs des établissements scolaires avec lesquels nous travaillons, nous tentons péniblement de définir des priorités, en évitant également de nous éparpiller géographiquement au-delà de nos possibilités. Résultat : 25 boursiers de plus ce semestre... Cet afflux de courrier illustre le caractère aigü de cette question des frais de scolarité qui continuent de peser lourdement sur les familles paysannes les plus pauvres de Chine. Samedi 5 mars, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire chinoise, le premier ministre Wen Jiabao, a fait une annonce dont il faudra voir comment elle se concrétise réellement. Voici sa déclaration : "dès cette année, dans les régions figurant sur la liste des districts démunis et bénificiant d’un soutien privilégié de l’Etat, les élèves issus des familles pauvres et suivant l’enseignement obligatoire seront exempts des frais d’acquisition des livres et de frais divers, et une allocation sera versée aux élèves pensionnaires". Cette annonce répond assurément aux critiques que notre association formulait vis à vis de l’état d’abandon dans lequel se trouvaient les familles les plus démunies auxquelles nous venons en aide. Elle répond également aux critiques émises il y a deux ans par le rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions d’éducation, dont nous nous étions fait l’écho dans Ma Yan et ses soeurs, et qui encourageait la Chine à assurer la gratuité des neuf années d’éducation obligatoires. Actuellement, celles-ci sont obligatoires, mais pas gratuites, ce qui est contradictoire... L’expérience nous dit toutefois de ne pas nous réjouir trop vite : il faut attendre la traduction concrète de ces mesures. Dans le passé, le gouvernement chinois avait déjà annoncé des objectifs budgétaires sur l’éducation qui n’ont jamais été atteints (4% du PIB en 2000, toujours pas atteints en 2005). D’autre part en raison de la corruption qui fait que, bien souvent, les mesures décidées au sommet parviennent sensiblement réduites à la base... Nous vous tiendrons évidemment informés de l’évolution en ce qui concerne nos amis du Ningxia, car si le gouvernement tient la promesse solennellement faite le 5 mars, nous en tirerons les conséquences et réorienterons cette dimension de notre action. Ce serait une excellente nouvelle, car il n’y a pas de plus belle victoire à l’action d’aide que lorsqu’elle n’est plus nécessaire. Mais je le répète, prudence... En attendant, nous poursuivons notre action : outre les bourses, deux nouvelles salles d’ordinateurs vont être installées dans les prochaines semaines dans deux établissements scolaires du district, et nous travaillons au concept de la "maison des Enfants du Ningxia" que nous projetons d’ouvrir à Yuwang. Sans oublier le puits de Zhang Jia Shu, qui sera notre priorité dès que les conditions locales le permettront. En bref, quelques nouvelles. Les deux opérations chirurgicales financées directement par des membres de l’association ont réussi. L’enfant de Zhang Jia Shu né avec une déformation des pieds devrait, selon les médecins, faire ses premiers pas prochainement, lorsqu’on lui enlèvera son plâtre après une opération réussie. Un vrai petit miracle pour sa famille qui n’avait pas le premier centime pour une intervention assez classique. La mère de Ma Yan a beaucoup aidé pour permettre cette opération, s’occupant de l’enfant et de sa famille lors de leur séjour à Yinchuan, la capitale du Ningxia. L’opération de la mère de Ma Xiaomei, l’une de nos boursières, a également été couronnée de succès et elle a regagné son domicile. Des nouvelles du site internet, qui a connu quelques déboires : la nouvelle version du site était quelque peu bloquée en cours de développement (site en anglais inaccessible), et nous avons été contraints de revenir à l’ancienne version. Ce n’est que partie remise, et nous espérons des améliorations prochaines de cet important outil de communication. Mais ce sont les aléas du bénévolat ! Enfin, on n’arrête pas le progrès : pour la première fois, Ma Yan m’a envoyé ses voeux pour le nouvel an chinois par SMS, en utilisant le téléphone portable de sa mère... Elle m’a ensuite adressé une lettre, en meilleur anglais qu’autrefois, pour souhaiter une bonne année du coq à tous les membres de l’association. Certains d’entre vous ont pu la voir dans le reportage d’Envoyé spécial, sur France 2, hélas à une heure extrêmement tardive. Mais on y voyait bien qu’elle travaille d’arrache pied pour rattraper le niveau de son lycée urbain, bien plus élevé que le collège rural d’où elle vient. Et qu’elle garde un bon moral et un excellent état d’esprit. Le Journal de Ma Yan vient de sortir en tchèque, et paraîtra en juin aux Etats-Unis... La "bouteille à la mer" poursuit son incroyable chemin ! Pierre Haski

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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