Lettre 29 ( Janvier 2005)

Publié le

Bonjour, Je vous renouvelle d’abord mes voeux pour la nouvelle année - 2005 tout comme l’année chinoise du coq qui démarre le 9 février ! La fin de l’année précédente a été assombrie par la catastrophe du tsunami qui a touché plusieurs pays d’asie du sud-est. La solidarité qui a suivi a été remarquable, même si l’émotion devait beaucoup au fait que des Occidentaux faisaient partie des victimes. Nous avons été sensibles, nous aussi, à ce drame qui affectait des pays voisins de la Chine, et avons pensé que nous ne pouvions pas rester les bras croisés. Nous avons pris une décision qui mérite débat. Après consultation de notre présidente Michèle Fitoussi et de membres du bureau, nous avons décidé de contribuer, nous aussi, à l’effort de solidarité, en effectuant un don, au nom des Enfants du Ningxia, à une cause proche de la nôtre : un programme d’urgence de l’association Aide et Action en faveur de la reconstruction d’écoles pour les enfants des villages dévastés en Inde et au Sri Lanka. Nous connaissons cette ONG dont l’approche n’est pas différente de la nôtre, et digne de confiance. Il nous a semblé légitime de ne pas rester enfermés dans notre action comme si elle était hors du temps et de la réalité environnante. Je précise tout de suite que notre contribution -2.000 euros- n’est pas issue des contributions individuelles, qui, comme je le précisais dans la dernière lettre, sont exclusivement consacrées à l’octroi des bourses scolaires aux enfants défavorisés du Ningxia. Cette somme est prélevée sur la part des droits d’auteur des livres Journal de Ma Yan et Ma Yan et ses soeurs, qui vont normalement aux opérations spéciales comme les salles informatiques. Néanmoins, certains pourraient contester cette décision. Diane Michaud, l’une de nos représentantes à Hongkong, m’a ainsi fait savoir qu’elle trouvait ce choix discutable car les fonds de l’association ont un objet bien précis, et qu’il y aurait un risque d’ébranler la confiance des donateurs à en "détourner" l’usage, même si c’est pour la "bonne cause". Un débat qui évoque celui qu’a déclenché en France Médecins sans frontières (MSF) en demandant au public d’arrêter de donner pour le tsunami car ils avaient déjà de quoi financer leurs opérations, et trouvaient ethiquement incorrect d’utiliser à d’autres fins les sommes ainsi recueillies sous le coup de l’émotion. Ce débat est intéressant et je souhaite avoir vos points de vue, étant entendu que ce geste de notre part est d’une nature absolument exceptionnelle et n’a pas vocation à être renouvelé, que la somme ainsi débloquée a servi à une urgence humanitaire dans notre région et pas à d’autres fins, et, enfin, que ce n’est pas directement l’argent des dons du public qui a été employé. Mais le débat est ouvert. J’assume pleinement la décision prise, mais je conçois qu’on puisse être en désaccord. Je ne pense pas qu’en agissant de la sorte, au milieu d’une crise humanitaire d’une ampleur considérable, nous ayons pu rompre le contrat de confiance qui nous lie. Ningxia1. Deux nouvelles du Ningxia. D’abord, des nouvelles médicales. L’association ne s’était pas engagée, jusqu’ici, sur le terrain médical, car cela dépassait ses compétences et ses capacités. Dans deux cas, toutefois, nous avons décidé d’apporter un soutien logistique à des actions menées à titre individuel par certains de nos membres. Hélène, une amie parisienne qui s’était rendue au Ningxia l’an dernier, a décidé de collecter des fonds de son côté pour pouvoir faire opérer un enfant de Zhang Jia Shu, le village natal de Ma Yan, né avec une déformation aux pieds qui l’empêchait de marcher normalement. L’opération a été effectuée avec succès à Yinchuan à la mi-janvier, la mère de Ma Yan se chargeant d’accompagner l’enfant et sa mère dans la capitale provinciale. C’est le grand patron du département de chirurgie qui a décidé d’opérer lui-même lorsqu’il a appris l’histoire du financement, et a réuni tout le personnel de son département pour expliquer le geste d’Hélène. Verdict dans deux mois, pour savoir si cet enfant pourra récupérer tous ses moyens pour marcher. De leur côté, un groupe d’étudiants en Grande-Bretagne a collecté des fonds, encore insuffisants, pour permettre à la mère de Ma Xiaomei, l’une de nos boursières et l’un des personnages du livre Ma Yan et ses soeurs, de se faire opérer d’une tumeur. A l’automne dernier, lorsqu’elle s’est présentée à l’hôpital, on lui a d’abord demandé de déposer une caution de 4.000 yuans (environ 300 euros) avant d’aller plus loin. Elle n’avait pas 10 yuans en poche... L’opération coûte 19.000 yuans (environ 1.500 euros) et va avoir lieu dans les prochains jours, la mère attendait que Ma Xiaomei revienne de son lycée pour les vacances du nouvel an chinois afin de s’occuper de ses deux jeunes frères et de la toute petite épicerie de Yuwang qui leur permet de vivre. Le gouvernement chinois reconnait que la moitié des 800 millions de paysans ne se soignent pas faute de moyens, et un tiers de ceux qui commencent un traitement ne vont pas jusqu’au bout pour les mêmes raisons. Ces gestes de nos membres sont deux gouttes d’eau dans l’océan des difficultés sanitaires de la campagne chinoise : mais si l’enfant de Zhang Jia Shu se met à marcher normalement et si la mère de Ma Xiaomei, déjà veuve d’un mari mort d’un cancer, survit à cette tumeur pour s’occuper de ses enfants encore jeunes, ces gouttes d’eau auront tout leur sens. Ningxia2. Une nouvelle décevante. Le puits que nous avons construit à Zhang Jia Shu produit une eau bien plus saumâtre que prévu, et se révèle inutilisable, même pour le bétail. Lors de mon passage au village en décembre, je l’ai personnellement constaté, et ai pu voir la déception des villageois. Cette affaire fait quelques remous dans le village car le lieu d’installation du puits a été manipulé par une des personnalités du village, qui se voit aujourd’hui accusé de toutes parts. Sans entrer dans les détails, si ce résultat est regrettable, il ne doit pas nous décourager. D’abord parce que sur la bourse reçue à cet effet, il nous reste de quoi faire une deuxième tentative, à l’endroit initialement prévu, qui est le lieu de l’ancien puits qui s’était effondré il y a plusieurs années. D’autre part, parce que cette minicrise permet une clarification des rôles dans le village, qui, comme tout les villages, est divisé en clans rivaux. Difficile d’en dire plus à ce stade, mais nous tenterons de faire en sorte que, de cet échec relatif, naisse une relation plus saine avec nos interlocuteurs locaux. Je vous tiendrai au courant des suites de cette affaire. Toujours sur les histoires d’eau... Suite à la discussion qui a eu lieu à l’assemblée générale de Paris, nos amis Jean-François et Pascale ont rencontré une ONG française qui mène un projet pilote extrêmement réussi au Burkina Faso, dans une région aussi aride que le Ningxia. Leurs techniques de conservation du peu d’eau disponible fait des miracles. A voir comment cette expérience peut servir à nos amis du Ningxia. Là aussi, affaire à suivre. Amitiés. Pierre Haski

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

Commenter cet article