Lettre 27 ( Octobre 2004)

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Bonjour, L’association vient de vivre un grand moment... Les ordinateurs. Lundi 25 octobre, nous avons inauguré la salle multimédia que nous avons financée au collège de Yuwang, l’ancienne école de Ma Yan. Cinquante ordinateurs flambant neufs, installés en réseau, sur lesquels nous avons pu voir les élèves, ces enfants de paysans parmi les plus pauvres de Chine, faire leurs premiers pas sur les claviers, à l’aide de logiciels spéciaux pour débutants. Cette inauguration a été l’occasion d’une cérémonie officielle, en plein air dans la cour, face au nouveau bâtiment lui aussi tout neuf du collège, face aux centaines d’élèves rassemblés malgré un vent glacial. Plusieurs autorités politiques et du secteur éducatif du district avaient fait le déplacement, nous accordant la plus importante reconnaissance officielle depuis le début de notre action au Ningxia il y a trois ans. Les discours étaient particulièrement chaleureux : la réalisation de ce projet concret, le plus important depuis la création de l’association, a été appréciée et a accru notre crédibilité aux yeux de tous nos interlocuteurs dans la région. Rappelons que ces ordinateurs ont été financés grâce à une opération spéciale menée avec la société Hermès. Nous avons également pu remettre aux élèves les premiers uniformes scolaires -des survêtements bleus et blanc portant le nom du collège- que l’Association a financés pour les quelque 1.000 élèves, à la demande du directeur. C’était pour lui une question de dignité, permettant à son collège de ressembler aujourd’hui aux écoles des grandes villes chinoises. Le Puits. Le lendemain, nous nous sommes rendus à Zhang Jia Shu, le village natal de Ma Yan d’où est partie notre action, et nous avons pu y voir les travaux de construction du puits, autre grand projet de l’association, financé pour sa part par un don de la société Procter&Gamble France. Le puits était quasiment achevé lors de notre passage, et nous avons pu voir l’eau scintiller au fond d’un trou de 100 mètres de profondeur. Les ouvriers étaient sur le point de poser les canalisations, et, quelques jours après notre passage, les paysans devaient être en mesure de puiser cette eau si précieuse dans cette région semi-désertique. Ce puits ne règle pas tous les problèmes d’approvisionnement du village : l’eau de ce puits est saumâtre et impropre à la consommation. Elle sera utilisée pour les cultures et le bétail, ce qui est déjà considérable et évitera aux paysans une marche de plus d’une heure jusqu’ici. La société qui construit le puits estime qu’il y a assez d’eau pour alimenter le bassin de population dix kilomètres à la ronde. Les villageois, qui viennent tous, à tour de rôle, constater l’avancement des travaux, nous ont exprimé leur vive satisfaction devant la réalisation de ce rêve : c’est la première chose dont on m’avait parlé dans le village lors de ma première visite, en mai 2001... Le vieux puits s’était écroulé plusieurs années auparavant, et aucun financement n’était disponible pour le reconstruire. Au cours de ce voyage, nous avons également visité deux établissements scolaires que nous aidons. D’abord l’école primaire et collège de Ma Gao Zhuang, située à dix kilomètres de Yuwang, où nous comptons aujourd’hui 21 boursiers, et où nous avons financé, grâce à un don d’une entreprise française de Shanghai, l’achat de matériel scolaire. Là aussi, la demande d’ordinateurs nous a été faite, l’exemple réussi de Yuwang faisant tache d’huile dans la région... Le directeur, avec lequel nous entretenons des relations très cordiales, a fortement plaidé en faveur de cet apport technologique afin de permettre à ces enfants pauvres de ne pas rester en marge du processus de modernisation de la Chine. Nous avons également visité l’école primaire de Zhang Jia Shu, où nous assurons la gratuité de l’enseignement pour tous les élèves en age scolaire. Nous avons eu droit, là aussi, à un accueil très chaleureux, avec haie d’honneur de tous les élèves et discours officiels. Nous avons dans cette école quelques difficultés à assurer la transparence absolue de notre financement, ne serait-ce qu’en raison d’une rotation rapide des directeurs : trois en un an... Nous avons insisté sur la nécessité de garantir la transparence des comptes, ce qui, dans un cadre aussi misérable, n’est pas une mince affaire. Nous avons été saisis de demandes de financement d’équipement et de travaux pour améliorer les conditions d’enseignement, ce que nous avons accepté sous condition, là encore, de transparence absolue des comptes. Ce voyage nous a permis de constater le chemin parcouru par l’association au service de l’amélioration des conditions d’éducation mais aussi de vie dans cette région qui nous est chère. Nous avons assurément franchi un cap qualitatif avec l’aboutissement des deux gros projets que sont les ordinateurs et le puits, ce qui nous encourage fortement à poursuivre sur cette voie. Nous avons amorcé un dialogue avec un certain nombre d’interlocuteurs, officiels ou non, afin de chercher les voies d’un développement plus durable, moins dépendant d’une agriculture sinistrée. Ce n’est pas une démarche facile dans la mesure où elle ne s’appuie sur aucune tradition ou activité pre-existante, mais elle nous semble indispensable pour sortir cette région de sa misère et de sa marginalisation. Ma Yan. Au cours de ce voyage, nous avons rendu visite à Ma Yan et à sa famille. Ma Yan a quitté le collège de Yuwang pour un lycée moderne dans la ville de Wuzhong, près de la capitale de la province. Elle y est pensionnaire, et bénéficie de conditions d’étude sans commune mesure avec celles de son ancien collège. Elle est heureuse de poursuivre sa scolarité dans ces conditions. Le directeur de cet immense lycée (3.600 élèves !) a tenu à nous faire visiter son établissement, ravi du prestige que lui confère la présence de l’auteur de ce Journal qui a fait le tour du monde... La famille de Ma Yan l’a suivie dans cette ville, abandonnant son village pour louer un modeste appartement à Wuzhong. Ses deux frères vont aussi à l’école là-bas, tandis que le père travaille au lycée... La mère de Ma Yan a désormais un téléphone portable : le chemin parcouru en trois ans est spectaculaire. Hongkong. J’étais accompagné dans ce voyage de Diane Michaud et Evonne Tsui, les deux représentantes des Enfants du Ningxia à Hongkong, venues se rendre compte sur place de la réalité du Ningxia, et témoigner à leur retour à Hongkong. Leur présence était d’autant plus importante que notre présence à Hongkong, ce petit bout de Chine particulièrement prospère, commence à prendre forme. D’abord par notre lien avec le Lycée français international (LFI) dont un groupe d’élèves et d’enseignants s’était rendu au Ningxia en mai dernier, et qui s’engage le 5 novembre dans une nouvelle aventure : deux professeurs et deux parents d’élèves du LFI, soutenus par la direction du lycée et un solide groupe logistique, va porter les couleurs des Enfants du Ningxia dans une célèbre course humanitaire qui se déroule chaque année dans les Nouveaux Territoires, la zone frontalière avec la Chine continentale. Ils devront marcher 100 kilomètres sur un terrain très difficile, ce qui rapportera des fonds aux causes qu’ils défendent. Un grand merci et bravo à tous ces volontaires qui allient exploit sportif et solidarité active. La "MacLehose race" a été l’occasion pour nous de lancer publiquement l’association à Hongkong, autour de nos deux "piliers", Diane Michaud et Evonne Tsui. J’ai rejoint l’équipe de marcheurs à la mi-octobre pour une séance photo et une rencontre avec la presse hongkongaise d’expression chinoise, qui a consacré plusieurs pages à cette initiative, mais aussi à l’histoire de Ma Yan et au travail de l’association au Ningxia. De nouvelles intiatives sont prévues à l’occasion de la course pour faire connaître notre action. Nîmes. Autre pôle actif de l’association : la région de Nîmes, autour de Pascale Godebska-Minet. Le 15 octobre, le Carré d’Art de Nîmes a accueilli quelque 150 personnes, à l’invitation de Diane Donnet responsable du secteur Jeunesse, dans le cadre de la manifestation nationale "Lire en Fête", autour de l’histoire de Ma Yan. La lettre de Ma Yan à sa mère a été lue par un enfant chinois, et plusieurs intervenants, dont Emmanuelle Polack, secrétaire générale de l’Association venue de Paris, ont rappelé le contexte et le sort des enfants du Ningxia. Une autre réunion publique avait réuni deux jours plus tôt dans une médiathèque environ 45 personnes, surtout des enfants, en liaison avec l’association "les mille couleurs". Cette chaîne de la solidarité née il y a bientôt trois ans avec la publication du Journal de Ma Yan continue donc à vivre sa vie. En octobre, elle a relié des enfants du sud de la France qui ont écouté la lecture d’extraits du Journal, à ceux du colège de Yuwang qui ont touché pour la première fois des ordinateurs dont leur statut de paysans pauvres aurait dû les priver. La magie se poursuit... Une nouvelle fois, merci de votre soutien. Faites circuler cette lettre autour de vous... Amitiés. Pierre Haski

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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