Lettre 25 ( été 2004)

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Bonjour à tous, Les écoles du Ningxia ont fermé pour les vacances d’été, non sans un dernier stress final avec les examens de passage qui ont, en Chine, une importance considérable. Ma Yan, qui a fini ses années de collège, a passé le sien, et a réussi. Elle poursuivra donc sa scolarité au lycée à partir de septembre, un rêve inespéré pour elle lors de notre première rencontre il y a maintenant trois ans. Cette année scolaire a été riche en événements pour notre association, et c’est peut-être l’heure d’un petit bilan. Cela fera deux ans, cet été, que les Enfants du Ningxia ont vu le jour, portés par la publication en France, puis à l’étranger, du Journal de Ma Yan. Uniquement gérée par des bénévoles, l’Association a, me semble-t-il, réussi dans son double objectif : aider un maximum d’enfants de cette région défavorisée à poursuivre leur scolarité, et promouvoir à l’étranger cette solidarité autour d’un principe simple, le droit à l’éducation. Sur place, nous intervenons désormais auprès de trois établissements scolaires : 1) l’école primaire du village de Zhang Jia Shu, dans laquelle nous avons assuré au cours de l’année écoulée la gratuité de l’éducation pour les quelque 200 élèves en age scolaire du village natal de Ma Yan. A la rentrée, nous étendrons la gratuité aux quelque 40 élèves qui passeront en cinquième année du primaire, comme pensionnaires dans la commune voisine de Yuwang ; 2) le collège de Yuwang (1.200 élèves), où Ma Yan vient de passer les trois dernières années. Outre les bourses individuelles que nous assurons, nous allons pouvoir équiper le collège en ordinateurs à la rentrée de septembre, si, comme prévu, le nouveau bâtiment est achevé. Nous avons également en projet de poursuivre la dotation d’une bibliothèque, et discutons avec la direction de l’éducation d’une aide à la reconstruction des dortoirs des élèves pensionnaires qui sont en piteux état. Moment fort de cette année, la visite de quinze lycéens français de Hongkong et leurs professeurs, en mai dernier, qui pourrait débooucher sur l’établissement d’un lien plus durable entre le lycée de Hongkong et le collège de Yuwang. 3) l’école primaire et collège de Ma Gao Zhuang, à dix kilomètres de Yuwang, dont le directeur est une "vieille" connaissance puisqu’il était autrefois directeur adjoint du collège de Ma Yan. Nous lui avons rendu visite en mai, et entamé une coopération avec son établissement plus pauvre encore que celui de Ma Yan. Nous prendrons en charge vingt boursiers à la rentrée, et, grâce à l’aide d’une entreprise française en Chine, lui assurons l’achat de matériel scolaire. En juin, près de 500 kilos de vêtements usagés ont été expédiés de Pékin à Ma Gao Zhuang, grâce à une collecte effectuée au lycée français de Pékin, et des dons recueillis lors d’une vente dans une galerie d’art de Pékin cette année. Par ailleurs, nous avons toujours en projet la construction d’un puits dans le village de Zhang Jia Shu, grâce à une "bourse du développement durable" qui vient de se concrétiser financièrement. Ce projet a pris beaucoup de retard en l’absence d’interlocuteurs dans le village, dont les dirigeants ont été limogés pour détournements de fonds (pas les nôtres). L’action de l’association a également suscité pas mal d’engagements bénévoles tout au long de l’année en Europe et en Chine. Notre site internet devient progressivement réalité grâce aux élèves chinois de l’école nationale supérieure des télécoms de Paris, et à leur professeur, la traduction en anglais est en ce moment assurée par des bénévoles à Pékin et en Grande Bretagne, et la traduction en Chinois, à venir, sera le fait d’étudiants chinois du département de français d’une université de Pékin... Une galerie d’art contemporain de Pékin, China Arts Seasons, a organisé cet hiver une vente au profit de notre association, et quelque 50 artistes chinois ont donné une oeuvre. Le projet pédagogique développé autour du Journal de Ma Yan a circulé pour sa part dans des dizaines d’établissements scolaires en France. Et la première antenne régionale de l’association a commencé à voir le jour dans le sud de la France, en organisant une soirée-débat réussie cet hiver. Le financement de nos activités continue de s’effectuer grâce aux trois sources dont nous bénéficions : 1) les dons du public, qui continuent à nous parvenir régulièrement grâce à l’écho du Journal de Ma Yan ; 2) une partie des droits d’auteur des deux livres, le Journal de Ma Yan et Ma Yan et ses soeurs ; 3) des opérations spéciales avec des sponsors (Hermès pour les ordinateurs, Procter & Gamble France pour le puits ; une entreprise française en Chine pour le matériel à Ma Gao Zhuang...) ou encore cette vente d’oeuvres d’art à Pékin. Cette lettre est désormais adressée, par e-mail ou par courrier, à plus de 500 personnes, et en touche plus encore car beaucoup d’entre vous la font suivre à des amis, et les lettres sont désormais accessibles sur le site internet de l’Association (en totalité en français, partiellement en anglais), une véritable mémoire de notre action. Le Journal de Ma Yan, pour sa part, continue son voyage... Publié récemment en livre de poche en France, il sort ce premier juillet en Grande Bretagne (ed. Virago), première édition en langue anglaise avant les Etats-Unis l’année prochaine. Cela nous vaut des articles dans la presse londonienne (The Sunday Telegraph magazine, The Times education supplement), et une émission de la BBC World Service, Outlook. Aux Etats-Unis, un programme de la radio publique nous a été consacré le 3 juillet, avec une interview de Ma Yan déjà enregistrée sur place, et mon interview en direct, avec questions des auditeurs. Au-delà de ce bilan, le plus important est que nous avons tenu nos engagements auprès des populations du Ningxia. La médiatisation du Journal de Ma Yan ne comporte certes pas que des avantages, mais, comme nous l’avions promis, elle a eu des retombées fortes pour les habitants de Zhang Jia Shu et de la région : la solidarité des lecteurs du Journal n’a pas été un vain mot, et la prochaine année scolaire devrait permettre de poursuivre et d’améliorer plus encore cette action. Elle a également attiré l’attention, y compris en Chine, sur le sort de ces enfants descolarisés ou menacés de l’être, et c’est un élément important. Comme l’a écrit un internaute chinois en commentant la parution du livre en Chine : "on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas"... Enfin, promesse tenue vis à vis de Ma Yan elle-même, dont ceux qui l’ont rencontrée lors de sa visite à Paris en mars, lors du Salon du Livre, ont pu voir à quel point elle avait retrouvé le sourire, et l’espoir. Bon été à tous, et rendez vous à la rentrée pour poursuivre notre route avec les Enfants du Ningxia... Amitiés. Pierre Haski

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