Lettre 19 ( Nov Dec 2003)

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Bonjour, La "rentrée" a été riche en événements. A commencer par la sortie du Journal de Ma Yan en Chinois, et la venue à Pékin, pour le lancement, de Ma Yan et de sa mère. Le livre, publié par un éditeur privé chinois (contraint de passer néanmoins par un éditeur d’Etat pour la mise sur le marché), contient l’ntégralité du journal, la préface et une partie seulement de l’appareil documentaire de l’édition française. Une partie des éléments du livre français n’ont en effet pas de sens pour les lecteurs chinois. En revanche, une postface y a été rajoutée, pour raconter tout ce qui s’est passé depuis un an, tant en France et en Europe, qu’en Chine même. Aucune censure n’a été exercée, l’éditeur demandant simplement d’atténuer un mot et une formule, dans la préface et la postface, ce qui a été fait sans dénaturer le propos. Le lancement du livre a été un moment très fort. J’avais d’abord réuni des amis de Pékin qui suivent avec sympathie ou soutiennent activement notre action. Ce premier cercle a été rejoint par beaucoup de visiteurs, dont la délégation française au Salon du livre de Pékin, avec en son sein Antoine Gallimard, intrigués par le retour en Chine de ce texte chinois d’abord apparu en France... Li Zhensheng, le "photographe de la révolution culturelle", dont les photos sont exposées en ce moment à l’hôtel de Sully à Paris, passait lui aussi par Pékin et est venu rencontrer Ma Yan... Le lendemain, le 20 septembre, rencontre avec la presse chinoise et avec un groupe d’enfants de Pékin, à l’initiative de l’éditeur. Un moment très émouvant lorsque Ma Yan a commencé à raconter le sort d’une de ses amies qui avait dû arrêter sa scolarité à 16 ans, a été mariée de force par sa famille, et est déjà enceinte. Elle a lu aux journalistes la correspondance que je vous avais transmise dans une récente lettre de l’Association, et que vous retrouverez dans la postface. Elle-même en sanglots, elle a expliqué à quel point aujourd’hui elle avait peur en entendant le mot mariage, et nous a publiquement remercié de lui avoir permis d’échapper à ce sort. La moitié des journalistes étaient en larmes, et l’ont vivement applaudie. Ma Yan, sa mère et moi avons également enregistré une émission pour la télévision nationale chinoise CCTV, qui doit être diffusée début octobre, pendant les vacances qui suivent la fête nationale du 1er octobre. Là encore, des choses très fortes ont été dites (on verra si elles sont toujours présentes à l’arrivée), même si l’intervieweur a tiré l’entretien vers le "conte de fées" plutôt que vers la réalité sociale des zones rurales pauvres... Cette forte médiatisation et la sortie du livre lui-même, avec un premier tirage de 50.000 exemplaires et un prix de vente assez bas de 16 yuans (moins de deux euros), donnent à notre action un coup de projecteur qui nous aidera assurément dans nos projets. Mais surtout, cela permet d’alimenter le débat sur l’éducation des plus pauvres en Chine, car, même si beaucoup de journalistes s’intéressent aux aspects anecdotiques de cette aventure, la toile de fond sociale est toujours présente. Elle tombe à un moment où le débat est public à ce sujet en Chine, même si on ne voit pas encore de signes concrets de changement de cap gouvernemental. Je retiens à ce sujet les déclarations faites à Pékin quelques jours plus tôt par la rapporteuse spéciale de l’ONU sur le droit à l’éducation, qui a sévèrement critiqué la faiblesse des dépenses publiques chinoises en matière d’éducation (à peine plus de 2% du PIB alors que l’Unesco préconise 6% et que l’ancien premier ministre chinois Zhu Rongji avait promis de monter jusqu’à 4% avant l’an 2000 !). Ma Yan et sa mère sont rentrées dans leur village la tête pleine de souvenirs de Pékin, et heureuses d’avoir pu faire partager leur émotion et le sort des enfants du Ningxia aux habitants des grandes villes chinoises. HERMES. Sur un tout autre registre, la société Hermès a tenu le 20 septembre des soldes à Pékin dont le bénéfice sera versé à notre association. Ces soldes ont connu un important succès, et devraient rapporter une somme non négligeable, encore inconnue, pour la poursuite de nos actions. La date tombant par hasard le jour de la sortie du livre, Ma Yan et sa mère sont venues voir la salle des ventes, une intrusion dans le monde du luxe tourné, cette fois, vers la solidarité, un étrange choc culturel. Merci en tout cas à Bertrand Michaud, le directeur de Hermès pour la Chine, d’avoir fait ce geste. BOURSES. La rentrée scolaire de septembre a bien eu lieu au Ningxia, et nous a permis d’augmenter une nouvelle fois le nombre de boursiers, grâce à l’augmentation, lente mais sûre, des rentrées financières de l’Association. 56 bourses ont été distribuées contre une quarantaine au semestre précédent, étant entendu que lorsque nous démarrons une bourse, nous nous engageons à l’accompagner sur la durée, sans limite tant que durent les études. L’argent a été envoyé par mandats postaux directement aux familles, et la mère de Ma Yan nous a téléphonés à ce moment-là pour nous dire qu’on dansait dans les rues du village à l’annonce de l’arrivée des fonds. Plusieurs mères nous ont également appelé pour nous dire que nous avions "sauvé" leur famille par cet envoi. En revanche, nous avons reçu dans les jours suivants une avalanche de lettres d’enfants demandant à bénéficier, eux aussi, de bourses : les besoins sont, on le sait, encore immenses. Nous tenterons de nous rendre sur place dans les prochaines semaines pour voir si certains cas peuvent être réglés dès à présent, mais il est difficile d’agir la seule base d’un courrier. Retards, par contre, pour le programme d’ordinateurs dont nous devions équiper le collège de Yuwang. La construction du bâtiment neuf qui avait démarré l’an dernier a été interrompue lors de l’épidémie de Sras, mais n’a toujours pas repris, le gouvernement ayant suspendu les envois de fonds. Il nous est difficile d’envoyer les ordinateurs dans les locaux actuels du collège, où ils seraient exposés à la poussière et aux intempéries et ne dureraient pas longtemps. Il nous faudra voir sur place, là encore, comment contourner cet obstacle. Même difficulté avec les panneaux solaires offerts par une société chinoise : il n’y a pas de salle de douche actuellement, et les bâtiments actuels s’écrouleraient si on installait ces panneaux sur le toît. Là encore, il va falloir faire un choix. Voilà donc quelques informations d’une rentrée qui n’a pas été banale. Les retombées de la sortie du livre en Chine ne manqueront pas d’être nombreuses. A suivre... Amicalement. Pierre Haski

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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