Lettre 13 ( Février 2003)

Publié le par basile minet

Bonjour à tous, “Vous êtes les bienvenus, comme la braise dans la neige” : c’est par ces paroles imagées que nous a accueillis le directeur adjoint du collège de Yuwang le soir de notre arrivée dans le chef lieu de la région que nous aidons. Des paroles qui ont accompagné les trois jours de notre séjour au Ningxia, du 25 au 28 février, qui aura permis des avancées importantes pour notre action future dans cette région. J’étais accompagné de mon assistante, He Yanping, et de Nicolas Bobin, un enseignant du lycée français de Pékin. MA YAN. D’abord la principale surprise de ce séjour : Ma Yan, que nous avons vue tous les jours ainsi que ses parents, et qui se porte remarquablement bien malgré les quelques petits inconvénients de sa soudaine notoriété, nous a annoncé sa décision de donner 25% de ses droits d’auteur du livre à notre Association. Elle nous a remis une déclaration très solennelle pour formaliser cette décision prise avec sa mère, après plusieurs discussions tant avec nous qu’avec des responsables du collège et de la région. Nous avions initié la discussion avec sa mère après avoir reçu plusieurs appels de membres de sa famille proche nous demandant des bourses. Nous lui avions fait observer qu’elle avait désormais les moyens d’aider elle-même sa famille et que les bourses devaient aller à des familles moins bien loties. La réflexion a fait son chemin, et a débouché sur cette déclaration spontanée qui a nous a fort agréablement surpris au deuxième jour de notre séjour. La mère nous a dit, en particulier, qu’elle était impressionnée par le nombre de Français qui continuaient à aider les enfants du Ningxia. Voici la lettre de Ma Yan : “Je suis une élève ordinaire. J’ai reçu des aides de certains amis. Aujourd’hui, je veux aussi offrir un peu de coeur d’amour pour que plus d’enfants pauvres entrent dans l’océan des connaissances, l’école ; Pour qu’ils réalisent petit à petit leurs rêves ; Pour qu’ils construisent un avenir meilleur à notre patrie, à notre pays natal. Si chacun donne un peu d’amour, le monde sera meilleur. Je veux donner 25% de tous mes droits du livre “Journal de Ma Yan” à l’Association française Enfants du Ningxia. Ma Yan, 26 février 2003.” LES BOURSES. Nous avons rencontré presque tous les boursiers de l’Association et certains de leurs parents. Ce sont des enfants heureux de poursuivre leurs études, et qui nous expriment une reconnaissance profonde face à un geste de solidarité qu’ils considèrent inespéré. Nous les avons tous reconduits pour le deuxième semestre. Inquiets de ne pas avoir reçu leurs bourses alors que les cours reprenaient en début de semaine, ils étaient allés voir la direction du collège qui avait calmé leur inquiétude en se disant prêt à attendre de nos nouvelles... Notre arrivée le lendemain a été un grand soulagement. Nous avons sensiblement, mais toujours prudemment, augmenté le nombre de boursiers, qui sont désormais 42 contre 30 précédemment. Nous avons à la fois utilisé l’abondant courrier reçu à Pékin depuis notre précédent voyage, l’aide de la direction du collège qui est très coopérative, et les rencontres effectuées lors de notre visite. Nous avons donc pris douze boursiers supplémentaires, dont cinq élèves recommandés par le directeur du collège, et dont les familles n’avaient plus les moyens de payer le second semestre. Comme les années précédentes, environ 10% des effectifs de ce collège de 1000 élèves sont retirés au deuxième semestre par des familles qui n’ont pas les ressources nécessaires pour payer les frais de scolarité. Rappelons que ceux-ci s’élèvent à 180 Yuans (environ 25 euros) par semestre, auxquels s’ajoutent le prix d’un sac de riz pour les pensionnaires venus des villages alentour, c’est à dire la majorité des élèves. Nos bourses, pour les collégiens, s’élèvent à 500 Yuans (environ 60 euros) par semestre. Dans le village de Zhang Jia Shu, nous avons été confrontés, comme chaque fois, à l’ampleur de la détresse. Trois grands mères sont venues plaider auprès de nous en faveur de leurs petites filles. Elles étaient allées mendier en ville pour pouvoir payer les frais de scolarité. L’une d’elle n’est pas une inconnue pour les lecteurs du livre : elle s’était mise les bras en croix en travers de notre route lors de notre premier passage, afin de plaider pour sa famille. Nous n’avions pu l’aider à l’époque, mais la boucle est bouclée et sa petite fille fait désormais partie de nos boursiers. Les bourses des élèves du primaire s’élèvent à 200 Yuans (environ 27 euros). Nous avons également apporté une contribution exceptionnelle de 500 Yuans à la mère malade d’une de nos boursières, à qui nous avons rendu visite à l’hopital. Les soins sont payants et sa famille s’était lourdement endettée pour faire face à cette situation. La pression des demandes a été si forte, cette fois encore, qu’elle nous a placé dans une situation délicate. Il est clair que nous ne pouvons pas aider tout le monde, et encore moins choisir les boursiers de cette manière, par le biais de personnes qui nous abordent dans la rue. Un bref moment de tension a finalement débouché sur une issue positive : le lendemain matin, l’imam du village est venu nous trouver dans notre auberge, à Yuwang, pour nous présenter une “autocritique” au nom des villageois (le maoisme n’est pas loin...), pour le harcèlement dont nous avions fait l’objet la veille. Le secrétaire du parti était également présent, et, avec ces deux autorités du vilage, nous avons créé un “Comité des élèves”, qui sera chargé de recevoir et de trier les demandes de bourses qui seront ensuite décidées en commun avec nous. Depuis le début, nous avions espéré une telle initiative de la part des villageois, mais il avait semblé difficile de surmonter les divisions et rivalités inhérentes à la ville d’un village. Le “miracle” s’est produit : l’imam et le secrétaire du parti ont décidé de travailler ensemble, une réconciliation scellée par une photo à trois , en ma compagnie. Il y avait du Don Camillo et Peponne dans cette tractation avec le pouvoir politique et le pouvoir spirituel, mais nous espérons que cela nous permettra d’agir plus sereinement et plus efficacement dans le village. LES AUTRES ACTIONS. A Yuwang comme à Zhang Jia Shu, nous avons évoqué avec les responsables les possibilités d’action nouvelles que nous offrent les soutiens accrus dont bénéficie l’Association : plus de 200 personnes vont recevoir cette lettre, et plusieurs initiatives de collecte de fonds ont été lancées, j’y reviendrai. A Yuwang, le directeur du collège a évoqué comme priorité absolue, à ses yeux, l’obtention d’ordinateurs pour ses élèves. “Si nos élèves quittent le collège sans jamais avoir manié un ordinateur, nous aurons formé des analphabètes de l’époque technologique”, nous a dit cet homme contraint de gérer la pénurie. Nous allons donc essayer de réunir les fonds pour créer, à la rentrée de septembre, une salle informatique dotée d’une vingtaine d’appareils dans le nouveau collège en cours de construction. Nous nous sommes également engagés à constituer un fonds de bibliothèque pour le collège : nous leur avons apporté dès ce voyage vingt dictionnaires chinois et six dictionnaires anglais-chinois, ainsi qu’une encyclopédie offerte par l’enseignant de Pékin qui nous accompagnait, et des BD en chinois (Tintin, Lucky Luke...) offertes par un étudiant allemand de l’université du Ningxia. Il nous a également semblé, après avoir visité une nouvelle fois les misérables dortoirs des élèves, qui resteront en l’état après achèvement du nouveau bâtiment car ce dernier utilisera tous les budgets jusqu’en 2005, que nous pourrions, en fonction de nos possibilités, aider à la rénovation de ces locaux passablement délabrés et insalubres. A Zhang Jia Shu, l’imam, enseignant bénévole à l’école primaire (publique) du village, nous a parlé de leurs besoins en locaux, et de la possibilité d’obtenir des subventions de l’Etat si l’école apporte elle-même 10.000 Yuans (environ 1300 euros). Cette somme, à la charge des parents, est impossible à réunir dans ce village misérable. Nous allons étudier la possibilité de les y aider. Nous avons également reparlé du puits effondré du village, pour lequel nous cherchons un financement sous la forme de sponsoring. Nous avons offert à l’école primaire tout un lot de fournitures scolaires achetées à Yinchuan, la capitale régionale, et d’autres envoyées de France par certains d’entre vous. LES OFFICIELS. A notre retour à Yinchuan, la capitale du Ningxia, nous avons été invités à dîner par le directeur du Weiban, le “bureau des étrangers” de la privince, un organisme officiel chargé de contrôler toutes les activités des étrangers. Nos rapports n’ont pas toujours été faciles, et ils nous avaient mêm envoyé la police pour un contrôle d’identité l’été dernier, alors que nous étions à Yuwang avec Michèle Fitoussi. Cette fois, cordialité et amabilité de la part du directeur, qui a même déclaré notre projet “exemplaire”. Une journaliste d’un quotidien de Yuwang était même là pour donner à ce soutien une dimension publique. Il y avait certes un léger parfum de “récupération” dans l’air, mais ce soutien officiel vaut mieux que l’hostilité, et il est assurément dans l’interêt des enfants que nous aidons. Et il nous laisse pour l’heure la maîtrise complète des objectifs et des moyens de notre action. Il est clair qu’après un moment de flottement lors de la sortie du Journal de Ma Yan en France à l’automne, les autorités ont décidé d’être positives à notre égard, et nous ne pouvons que nous en féliciter. LES AIDES. Outre un nombre croissant de personnes qui s’engagent sur des sommes mensuelles ou annuelles alimentant le fonds de bourses (merci à ceux qui ont rempli le questionnaire, ce qui nous donne une plus grande visibilité), nous avons plusieurs initiatives en cours. D’abord, la société Hermès (oui, le luxe...) va effectuer des soldes à Pékin au bénéfice de l’Association ! Et des initiatives de soutien sont en cours d’élaboration dans les lycées français de Pékin et de Hong-kong, où j’ai fait des conférences et où les élèves ont pu aborder les thèmes du Journal de Ma Yan avec leurs enseignants. Nicolas Bobin, professeur du lycée de Pékin, m’a accompagné au cours de ce voyage, et envisage de revenir au printemps avec un groupe d’élèves qui auront préalablement travaillé sur les questions liées à l’éducation en Chine. Enfin, une représentation de l’Association existe désormais à Hong-kong, incarnée par Diane Michaud et Evonne Col, joignables, pour ceux que ça intéresse, à l’adresse e-mail suivante : hk_enfantsduningxia@yahoo.com MARIAGE. En guise de conclusion, des nouvelles de Ma Shiping, la jeune fille évoquée dans la lettre précédente, mariée à 16 ans après avoir dû arrêter ses études : elle est bel et bien mariée de manière traditionnelle (l’age légal pour les filles est 20 ans), partie vivre désormais dans le village de son mari, et nous n’avons donc pas pu la voir. La dot : une moto, moyen de transport privilégié dans cette région aux pistes ingrates. Plus rien à faire, hélas : le poids des traditions l’a cette fois emporté à Zhang Jia Shu. Les enfants que nous aidons échappent, quant à eux, à ce sort. Amitiés. Pierre Haski

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