Lettre 12 ( Janvier 2003)

Publié le par basile minet

Pékin-Paris. Bonjour à tous. Le début de l’année a vu affluer de nombreuses demandes d’informations, dons ou offres d’aide diverses à l’adresse parisienne de l’Association et à l’adresse internet. Bienvenue à tous ceux qui recoivent la la lettre pour la première fois. Cette lettre est désormais envoyée à près de 150 personnes en France et en Europe, mais aussi en Chine. Ce soutien accru nous donne désormais les moyens d’en faire plus pour aider les enfants de cette région chinoise défavorisée, et je me rendrai à la mi-février au Ningxia, après les fêtes du Nouvel an lunaire, pour augmenter sensiblement le nombre de boursiers de l’Association, et voir avec les responsables locaux à quels autres projets prioritaires nous pouvons collaborer, qu’il s’agissse du village de Zhang Jia Shu (le puits...), de l’école primaire du village ou du collège de la Commune de Yuwang où étudie Ma Yan. Nous vous tiendrons informés en février du résultat de cette visite. QUESTIONNAIRE. Pour savoir un peu plus où nous en sommes, avoir un peu de visibilité à moyen terme sur les moyens dont dispose l’Association, mais aussi mieux vous connaître, nous vous demandons de consacrer quelques minutes à remplir le bref questionnaire ci-joint, qui nous permettra, en particulier, de connaître la nature de votre engagement financier vis à vis de notre action. Il est en effet important de savoir, lorsque nous augmentons le nombre de boursiers, que nos ressources nous permettront d’assurer le suivi de ces bourses, et de ne pas donner de faux espoirs aux enfants que nous aidons. Il est clair que la confidentialité de ces informations est absolue. MEILLEURES RELATIONS. Comme je l’avais indiqué dans la lettre précédente, nous avons eu une période de tension avec les autorités locales. Celle-ci a été surmontée, et nous avons eu la visite, à Pékin, des responsables du bureau des relations avec les étrangers de la province du Ningxia, venus nous offrir des cadeaux pour la nouvelle année et nous assurer de leur soutien pour la suite de notre action. C’était la première fois que c’était exprimé aussi clairement et aussi officiellement, et c’est une bonne nouvelle. L’histoire de Ma Yan et de l’Association ont continué à recevoir une certaine publicité en Chine même. La télévision centrale CCTV a diffusé début janvier l’interview de Ma Yan et de sa mère, et l’hebdomadaire de Canton Weekend du Sud a publié dans son numéro de fin d’année un reportage intitulé “Ma Yan, heureuse mais stressée”... Le journaliste y soulignait que si Ma Yan vit mieux aujourd’hui, ainsi que sa famille, grâce aux droits d’auteur du livre, elle est sous le feu des projecteurs et n’a pas le droit à l’erreur : ceux qui la jalousent en profiteront, et ceux qui l’admirent seront déçus. Une pression dure à vivre pour une adolescente de 15 ans. COURRIER. Nous continuons de recevoir un courrier considérable, en France comme en Chine. En France, outre les demandes d’informations et les offres d’aide, nous avons eu un courrier énorme adressé à Ma Yan par l’entremise du magazine Okapi qui avait invité ses jeunes lecteurs à écrire à l’écolière chinoise. Des lettres souvent émouvantes, accompagnées de stylos puisque tous ont été frappés par l’anecdote du stylo acheté en se privant de pain. Nous lui remettrons tout ce courrier en février. En Chine, le courrier est d’une autre nature. Nous recevons d’une part les lettres chaleureuses et enthousiastes des boursiers de l’Association, à qui, je le rappelle, nous demandons comme seule exigence, qu’ils nous racontent régulièrement leur scolarité. Nous recevons également un important courrier de demandes d’aide de toute la région, qui nous servira lorsqu’il s’agira de choisir les prochains boursiers, tâche ingrate pour laquelle il ne peut pas y avoir d’approche “scientifique” mais un mélange de critères souples et de pragmatisme. A ce propos, nous avons reçu une lettre terrible d’une jeune fille, Ma Shiping, parente de Ma Yan, un peu plus agée qu’elle, dont nous aidons la jeune sœur et que nous n’avons pas prise comme boursière car il nous est difficile d’être trop associét à une seule famille, sous peine de compromettre notre action. Cette lettre montre bien à quel point l’éducation est au cœur de la vie de ces familles, et que l’accès à l’école décide de la vie ou de l’enfermement de ces enfants. Voici cette lettre (adressée à mon assistante, He Yanping) : "Quand tu recevras cette lettre, je serai déjà dans le palais du mariage, c’est à dire le tombeau de la vie. Je suis d’un caractère très renfermé, je n’aime pas me livrer. D’ordinaire, l’amertume ou la douleur je les garde pour moi. Quand je t’ai vue pour la première fois, je t’admirais. Je devais arrêter mes études. Je voulais que tu m’écoutes, mais je ne pouvais pas te parler. J’allais encore, à l’époque, dans ce lieu saint des études, ce paradis de l’intelligence humaine. Ma mère est allée te voir en mon nom. J’étais contente que tu ais accepté de m’aider. Je chantais. Un semestre après, quand les autres ont reçu le montant de leurs frais, je n’ai pas pu payer les miens. J’ai subi les pressions de ma famille. Tout mon amour propre de jeune fille et ma fierté étaient mis à mal. J’ai eu honte. Je haissais tout le monde sous le ciel. Mais comme je suis d’un caractère renfermé j’ai gardé ça pour moi et j’ai arrêté mes études. Mes parents pensaient que j’étais malade, alors que je pensais à mourir et alléger les charges de ma famille. Mais je ne suis pas arrivée à mourir. J’ai donc choisi ce que les gens de mon age ne veulent pas : aller au mariage avec un coeur mort. Je n’en veux à personne, juste à mon destin. J’ai trop cru en la phrase qui disait que l’homme pouvait vaincre le ciel. J’attends le choix du destin. Je te remercie de l’aide apportée à ma petite soeur, pour qu’elle ne suive pas mon chemin. Mais elle travaille sans lumière, s’abime les yeux, et je m’inquiète de sa santé. J’espère qu’elle pourra, avec votre aide, être première ou deuxième de sa classe. J’ai encore beaucoup de choses à te dire, mais je les garderai pour moi jusqu’à ma mort. Ecrit avec des larmes de 15 ans." Nous tentons de voir comment surmonter cette situation tragique, basée sur un malentendu puisque nous n’avions jamais donné notre accord à l’aider, pour les raisons indiquées plus haut. Mon assistante lui a adressé une longue lettre pour voir quelle est la situation réelle et s’il y a moyen de la dépasser. Ceux qui ont lu le Journal de Ma Yan se souviendront que lorsque nous avons commencé notre action, certains, sur place, nous ont dit qu’elle était inutile car on ne pouvait pas lutter contre la fatalité de ces villages où les filles se marient à 16 ans (illégal, au demeurant) après avoir été retirées de l’école. Nous avons réussi à briser cette fatalité dans le cas de Ma Yan, dont l’avenir est aujourd’hui ouvert, et de toutes les boursières de l’Association. Mais il est clair que ce sont encore des cas exceptionnels et que la norme reste celle-là. Faites connaître notre action autour de vous, et merci de votre confiance et de votre soutien. Amitiés. Pierre Haski

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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