Lettre 11 ( decembre 2002)

Publié le par basile minet

Bonjour à tous, D’abord, bienvenue à tous ceux et à toutes celles qui nous ont rejoints depuis la publication du Journal de Ma Yan. Vous êtes nombreux, et, parmi vous, plusieurs collégiens, voire des classes entières, qui se sont mobilisées en faveur des enfants du Ningxia. Plus d’une centaine de personnes recoivent désormais cette lettre que nous tenterons de rendre mensuelle. Ces soutiens accrus coincident avec la naissance formelle de l’Association à l’automne, et un début d’organisation, entièrement basé sur un travail bénévole. Des volontaires s’occupent ainsi de gérer le courrier et les dons à Paris, d’autres, à Genève, sont en train de construire le site internet des Enfants du Ningxia, qui contiendra tous les documents depuis le début de notre aventure, de nombreuses photos, et des nouvelles régulières des enfants que nous aidons dans leur scolarité. D’autres enfins travaillent à un projet pédagogique autour de l’histoire de Ma Yan, qui, soit dit en passant, figurera apparemment dans une prochaine brochure du ministère français de l’éducation nationale sur le thème de l’engagement des jeunes. Nous avons aussi mis en place un système de traduction pour ceux qui souhaiteraient correspondre avec Ma Yan ou d’autres boursiers de l’Association : il suffira d’écrire à notre adresse, et nous ferons traduire votre lettre en chinois à Paris avant de l’expédier. idem en sens inverse évidemment... Des nouvelles du Ningxia : Nous avons eu, il y a deux semaines, la visite de Ma Yan et de sa mère à Pékin. Elles y ont été invitées par une des chaînes de la télévision nationale chinoise CCTV, pour un programme dans lequel j’ai également été interrogé. La journaliste qui m’a interviewé m’a même proposé de travailler comme volontaire avec l’Association... Je n’ai pas encore vu la cassette, donc je ne sais pas comment toute cette histoire est présentée. Il va d’ailleurs falloir patienter car l’enregistrement a été raté, et la télévision a insisté pour que Ma Yan et sa mère reviennent ce dimanche à Pékin pour ré-enregistrer l’interview... Cette fois elles viendront en avion, billet offert par la télé, une première pour elles ! Le directeur du collège de Ma Yan nous a appelés à ce sujet : il était embêté de tout ce remue-ménage, mais, pas plus que nous, il ne peut s’opposer à la télévision nationale. Il a demandé aux enseignants de Ma Yan de l’aider à son retour à rattraper ses cours... Cette « récupération » par les autorités chinoises peut surprendre, mais elle a au moins un aspect positif : elle protège Ma Yan et sa famille de toute retombée négative de la publicité de leur histoire à l’étranger. Il est mille fois préfèrable de les voir « récupérées » plutôt que rejetées ou combattues. A voir Ma Yan et sa mère lors de leur dernier passage à Pékin, on peut être rassuré, en tout cas, sur le fait qu’elles ne sont guère perturbées par toute cette agitation... Leur vie a été à ce point transformée depuis un an, dans un sens très largement positif, qu’elles prennent avec philosophie tout ce qui se passe. En revanche, les choses n’ont pas été simples dans la région de Zhang Jia Shu ces dernières semaines. Alors que, jusqu’ici, nous avions pu opérer en toute indépendance, la sortie du livre a fait un peu monter les enchères. Certaines autorités se sont dit qu’il fallait nous faire passer par les structures officielles, peut-être avec l’arrière pensée de profiter un peu au passage de notre modeste manne financière. Ce fut un moment un peu tendu, car un émissaire est venu me voir à Pékin pour me transmettre ce message comminatoire. Un autre clan du village s’est opposé au premier, et il y a eu pas mal d’agitation dans les esprits. Nous avons réussi à calmer le jeu : j’ai envoyé un mémorandum à toutes les autorités du district, rappelant la génèse de notre action, les raisons pour lesquelles la famille de Ma Yan dispose aujourd’hui d’un peu plus d’argent que les autres (les droits d’auteur du livre), et soulignant que la publicité faite autour du livre ainsi qu’une partie des droits d’auteur allaient donner à l’Association les moyens d’en faire plus pour aider la collectivité. A condition qu’il y ait consensus sur la manière de s’y prendre : il est hors de question pour nous, en particulier, que la gestion des fonds soit déléguée. Ce message a été bien entendu, et le retour qui nous parvient, notamment du secteur de l’éducation, est tout à fait positif. Nous pouvons donc envisager plus sereinement le développement de notre action. Je me rendrai sur place en février, après le Nouvel An chinois et avant la reprise du deuxième semestre, à la fois pour voir nos boursiers et en sélectionner d’autres grâce aux moyens accrus dont nous disposons, mais aussi pour envisager avec les différents interlocuteurs sur place, quelle forme peut prendre notre soutien dans l’avenir. Il y a l’hypothèse du petit déjeûner qui avait été accepté puis torpillé au moment de ces tensions (à ce propos, j’ai rencontré à Pékin la responsable d’un programme des Nations Unies qui finance les repas des écoles dans les régions défavorisées du monde, et qui s’apprête à lancer ce programme auprès de 500.000 enfants en Chine. Selon leurs études, un enfant au ventre plein étudie 40% mieux qu’un enfant au ventre vide. On s’en doutait, mais les études le confirment). Il y a également la possibilité d’aider le village à reconstruire son puits qui s’est effondré il y a plusieurs années, ou d’aider le nouveau collège en construction à s’équiper. Toutes sortes de pistes pour lesquelles nous pouvons apporter une aide concrète, voire même les aider à trouver des sponsors, mais qui doivent en passer par un accord des responsables locaux entre eux, et entre eux et nous. Il aurait été étrange que tout ça se passe sans difficultés, elles semblent pour le moment surmontées... En attendant, nous continuons, au coup par coup, à augmenter lentement notre nombre de boursiers, sur la base du courrier abondant qui nous parvient à Pékin. Chaque jour, la détresse du Ningxia arrive dans notre boîte aux lettres. Dans la plupart des cas, nous donnons rendez-vous lors de notre prochain passage dans la région, en février, car nous estimons préférable de rencontrer les enfants et leurs familles avant de prendre une décision. Dans deux ou trois cas, agissant sur recommandation, nous avons adopté de nouveaux boursiers ou apporté une aide ponctuelle à un étudiant originaire de cette commune qui avait des difficultés financières dans sa ville d’études. Nous avons notamment décidé d’ « adopter » une jeune fille menacée d’être retirée de l’école car ses grands frères ont fini leur scolarité sans pour autant trouver de travail, et ses parents en ont conclu que c’était du gaspillage. Elle nous a adressé une lettre désespérée, ne voulant surtout pas arrêter sa scolarité. C’est donc au rendez-vous de février que nous verrons un peu plus clairement dans quel sens orienter notre action, à la fois en poursuivant cet indispensable apport de bourses scolaires qui permettent de « sauver » des dizaines de filles condamnées autrement à un avenir bouché, mais aussi d’élargir cette action pour aider au développement plus collectif de cette communauté à laquelle l’histoire de Ma Yan nous a attachés. Si vous souhaitez, à l’occasion des fêtes occidentales ou du Nouvel an chinois (le 1er février cette année) écrire à certains des boursiers ou à Ma Yan, n’hésitez pas. Une de nos boursières, Wei Yonge, qui nous avait écrit au printemps dernier en pensant qu’elle allait mourir suite à une maladie pulmonaire, est aujourd’hui en bonne santé, mais elle est isolée dans une école professionnelle loin de chez elle : elle appréciera sûrement tout signe d’amitié venu d’Europe. Elle est notre boursière la plus avancée dans ses études. Une autre, Ma Hua, handicapée par une polio, est parmi les plus brillantes, et mérite assurément tous les encouragements. Nous tenons la liste des boursiers à votre disposition. Bonnes fêtes à toutes et à tous. En espérant que l’action que nous avons entreprise en 2002 pourra se développer en 2003 dans cette région particulièrement défavorisée. Amitiés. Pierre Haski Pékin, le 14 Décembre 2002

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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