Lettre 7 ( Avril 2002)

Publié le par basile minet

Bonjour à tous, Cela fait un moment que vous n’avez pas reçu de nouvelles de notre opération : en voici donc quelques unes. D’abord, nous avons reçu des lettres de tous les enfants à qui nous avons accordé des bourses lors de notre passage au Ningxia le mois dernier. Comme je vous l’avais indiqué, c’était la condition que nous avions posée pour prolonger la bourse au semestre suivant : qu’ils nous écrivent après quelques temps à l’école, pour nous confirmer qu’ils vont bien en classe. Ils l’ont donc tous fait, avec des remerciements chaleureux. Nous avons également reçu une lettre extrêmement émouvante de la mère de Ma Yan, écrite par l’un de ses fils car elle est elle-même illétrée. Elle est adressée à mon assistante et moi-même (« grande sœur et grand frère »...), et, à travers nous, à vous tous qui aidez sa fille. En voici un extrait : « Comme je pense à vous, à cette soirée que nous avons passée ensemble. Tu es comme ma grande soeur, je t’ai raconté toutes mes douleurs, j’en suis très contente. C’est comme si j’avais fait un rêve. Grands frère et soeur, je vous confie Ma Yan. En tant que sa mère, je ne lui ai donné que la vie, je ne peux pas lui donner un grand idéal. Grand frère et soeur, vous lui avez tout donné. Ma Yan est ma fille, mais elle est aussi votre fille. Je vous prie de l’élever pour qu’elle devienne une personne utile. Grande soeur, tu as dit que Ma Yan pourrait peut-être aller étudier en France, si cette occasion existe, il faut qu’elle y aille, pour avoir une bonne éducation. Nous en serons très contents. Après votre départ ce jour-là, Ma Yan était assez embêtante, elle m’a demande pourquoi oncle et tante ne restaient pas un jour de plus. Je lui ai dit qu’oncle et tante ont beaucoup de travail. Elle a dit : « Oui, ils travaillent dur. Ce soir-là, pendant votre conversation, je n’ai pas dormi. J’ai beaucoup réfléchit dans le lit. Cette fois, je vois qu’oncle et tante ont maigri, ça me fait mal au coeur. Ils sont inquiets pour moi ». Je comprends le coeur de Ma Yan, je sais à quel point vous êtes importants dans le coeur de Ma Yan. » Le petit frère de Ma Yan a ajouté un mot personnel à la fin : « Chers oncle et tante : quand vous êtes venus ce jour-là à l’ecole, j’en étais très content. Vous avez demandé à ma soeur de m’appeler pour prendre une photo, et de rentrer ensemble au village. Oncle et tante, je dois sûrement bien étudier : quand je serai grand, je pourrai apporter une contribution a mon pays. Mes études sont moins bonnes que celles de ma soeur. Ma mère a mal appris à écrire, j’écris pour elle. Ma soeur dit que je n’écris pas bien, que pensez-vous de mon écriture ? Si vous m’encouragez, je serai tres content. Ma Yi Chao, 31 mars, 2002. » Il y a du nouveau par ailleurs sur le front de l’édition, puisque l’intégrale du journal de Ma Yan sera publié à la rentrée de septembre en France par les éditions Ramsay, avec un texte de présentation de ma part. C’est une bonne nouvelle pour cette famille qui sera dûment rétribuée et peut désormais envisager de changer réellement de vie. Le « conte de fées » de Ma Yan se poursuit donc... Nous avons également reçu plusieurs lettres d’enfants ou de parents de ce district demandant notre aide. Nous avons décidé d’envoyer de l’argent à une camarade de Ma Yan au collège qui est dans une situation financière et de santé assez sérieuse, qui nous a été confirmée par le directeur du collège. Voici un extrait de sa deuxième lettre, en réponse à un premier courrier de notre part : « Le 8 avril, j’ai reçu votre lettre. C’etait un lundi. Au premier cours de l’après-midi, le professeur m’a apporté cette lettre. Quand j’ai vu l’adresse sur l’enveloppe, j’ai su que vous aviez reçu ma lettre et que vous m’aviez répondu. A ce moment-là, vous pouvez imaginer ma joie et mon émotion. Les larmes coulaient toutes seules. Je ne sais pas avec quel mots je peux remercier vous deux. Ce que je peux faire, c’est de me lancer malgré tout dans les études, avec beaucoup de détermination, pour vous remercier avec de bons résultats, pour devenir un nouveau type de talent au 21e siècle, pour maîtriser des connaissance modernes scientifiques, poursuivre les pas de notre époque, pour me battre pour mon idéal. Tant que je vis encore un jour dans ce monde, je dois utiliser mon intelligence pour la construction des quatre modernisations. Je voudrais être quelqu’un comme vous, aider des enfants qui ne peuvent pas aller a l’école, leur montrer mon coeur rouge, pour qu’ils reviennent a l’école, pour sauver des camarades. Je vous remercie pour votre attention envers moi et ma famille, je vous fais une courbette. Je reste comme avant, je vomis une ou deux fois par semaine, je contrôle en cachette, je ne sais pas jusqu’à quand ca va durer. Mais je continue. Comme on dit souvent : la persistence est la victoire. Je vis avec un masque, amer dans le coeur, mais sourire sur le visage pour voir chaque professeur et camarade, pour qu’ils ne voient rien. Oncle et tante, ne soyez pas anxieux. Je persisterai jusqu’à la fin. » Nous avons également décidé d’aider deux autres enfants dont le cas nous a été signalé, ce qui porte désormais à vingt -y compris Ma Yan- le nombre d’enfants boursiers grâce à vos dons. Les rentrées d’argent qui se poursuivent normalement rendent une telle action possible, et il devrait même nous être possible de l’étendre encore un peu lors de la rentrée de septembre. Un point financier : les dons reçus jusqu’ici, de France, d’Italie, de Belgique et de Grande-Bretagne, s’élèvent à près de 3.000 euros, sur lesquels près de 1.000 euros ont été dépensés (nous avons gardé les reçus de chaque centime engagé qui seront à la disposition de chaque personne qui en fera la demande). Nous avons avancé prudemment sur la voie des dépenses afin d’être certains de pouvoir assurer cette action sur la durée, et d’y voir clair entre ceux qui ont envoyé une somme une fois pour toutes, ceux qui envoient des fonds tous les mois, ou tous les trois ou six mois... En tous cas, nous avons assurément de quoi poursuivre dans l’avenir prévisible cette action certes modeste mais qui a un impact bien réel sur un district particulièrement pauvre de Chine. Le courrier que nous recevons en atteste. Je suis à votre disposition pour toute demande d’information complémentaire. Merci à ceux qui ont proposé leur aide : pour l’instant, il n’y a pas grand chose qui puisse être fait à distance. Amitiés à tous. Pierre Haski Pékin, le 17 avril 2002

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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