Lettre 1 ( Janvier 02)

Publié le par basile minet

17janvier 02 Bonjour, A la suite de la publication du reportage dans Libération, vous êtes une vingtaine de personnes à ce jour, en France, en Belgique et en Grande-Bretagne, à vous être proposées d’aider Ma Yan à poursuivre ses études. Même si les contributions individuelles sont modestes, cela représente, vous vous en doutez, beaucoup d’argent pour une province aussi pauvre que le Ningxia. Comme je vous le disais dans mon message précédent, et c’est paradoxal, l’afflux d’argent peut comporter le risque de destabiliser une communauté, et faire plus de mal que de bien. Ce serait le cas, en particulier, si un seul enfant bénéficiait d’une manne exceptionnelle tandis que les autres resteraient plongés dans la misère et l’obscurantisme. Je vous propose dès lors la formule suivante, évidemment amendable, et j’attends vos réactions : L’OBJECTIF : l’idée est donc de créer un fonds dont l’objectif est, bien sûr, d’aider d’abord et avant tout Ma Yan, dont la démarche individuelle a été le point de départ de ce mouvement de solidarité, et que nous souhaitons tous accompagner le plus loin possible dans ses études. Mais il nous apparaît clairement (« nous », c’est-à-dire moi-même et mon assistante chinoise, He Yan Ping, qui a, elle aussi, été émue par le sort et la personnalité de cette jeune fille, et a souhaité dès le début l’aider à poursuivre ses études) qu’aider uniquement Ma Yan comporte le risque de susciter autour d’elle des jalousies qui peuvent se retourner contre elle. En plus, le nombre d’offres de dons fait qu’il peut être possible, tout en l’aidant prioritairement, régulièrement et sur la durée, de permettre à d’autres jeunes filles de retrouver le chemin de l’école et de briser, elles aussi, le cercle de la fatalité. On évitera ainsi de faire de Ma Yan une privilégiée dans un océan de misère, ce qui ne serait pas un service à lui rendre. L’alternative à la création d’un tel fonds serait que chacun d’entre vous adresse ses dons à Ma Yan, ce qui a le mérite de la simplicité, mais comporte le risque de créer une situation déséquilibrée dans ce village sur le fil du rasoir. LA METHODE : Il n’est pas question ici de créer une ONG de plus. Et il n’y a pas, au Ningxia, d’organisation fiable susceptible de prendre en charge cette opération. Dès lors, il nous faut imaginer une structure à la fois la plus souple possible, mais permettant de parvenir au double impératif d’efficacité et de transparence. Efficacité, car il faut que chaque centime donné parvienne à son but ; Transparence, car chacun doit légitimement être rassuré sur l’usage qui est fait de ses dons. Pour aider Ma Yan, ce n’est pas trop compliqué, nous lui avons déjà envoyé une première somme par mandat pour le semestre en cours, et nous savons qu’elle l’a reçu. Nous lui avons demandé de nous écrire régulièrement pour nous tenir au courant du déroulement de ses études, ce qu’elle fait. Ces lettres seront traduites et vous seront adressées. Nous pouvons tout à fait continuer de la sorte, et fixer un montant de bourse mensuelle qui lui permettrait à la fois de payer ses frais scolaires, mais aussi d’améliorer ses conditions de vie et donc de lui permettre de mieux étudier. Le plus simple serait sans doute d’ouvrir un compte pour Ma Yan en France pour centraliser les dons, et d’effectuer les virements d’un seul coup : cela minimisera les frais bancaires et évitera les risques d’erreurs à l’arrivée. C’est déjà plus compliqué pour offrir, si les sommes recueillies le permettent et si vous en êtes d’accord, quelques autres bourses à des jeunes filles elles aussi privées d’école : comment les choisir ? comment les leur faire parvenir ? comment assurer le suivi ? Le plus simple serait peut-être de passer dans ce cas par le bureau de l’éducation du district, dont il est question dans l’article, et qui dispose des dossiers de familles en difficultés qui ne peuvent pas payer les frais de scolarité. Et de régler directement ces sommes à l’école au nom de tel ou tel enfant pour éviter les intermédiaires. Les enfants devraient, là encore, écrire régulièrement pour rendre compte de leurs situation. Il faudrait également pouvoir se rendre régulièrement sur place, peut-être chaque semestre, pour vérifier que tout va bien... Le photographe local Wang Zheng, qui nous a guidés lors de notre premier contact avec le Ningxia au printemps dernier, et qui est lui-même originaire de ce « triangle de la soif » du sud de la province, même s’il vit désormais dans la capitale provinciale Yinchuan, a accepté de nous accompagner dans cette démarche. Il serait notre indispensable relais dans la province. Mon assistante et moi-même serons, avec lui, au cœur de ce dispositif, assurant à la fois l’interface entre vous et Ma Yan et les autres bénéficiaires éventuels de votre aide, et en assurant un suivi sur place régulièrement afin de garantir le bon fonctionnement du système. Il serait peut-être judicieux d’associer à notre démarche un représentant d’une organisation humanitaire, MSF ou Save the Children Fund, ou encore, comme l’un de vous l’a suggéré, l’Alliance française qui a une vocation pédagogique, pour nous aider à ne pas commettre d’erreurs et à garantir la transparence de cette modeste mais néanmoins bien réelle opération impliquant des financements. Désolé d’avoir été un peu long, mais je pense qu’il vaut mieux se poser toutes les questions avant de commencer. J’attends vos réactions : Etes vous d’accord pour créer un tel fonds ou souhaitez vous adresser directement vos dons à Ma Yan ? Etes vous d’accord pour aider d’autres jeunes filles une fois les besoins de Ma Yan assurés ? Etes vous d’accord pour le système proposé ? Cordialement. Pierre Haski Pékin, le 17/1/02

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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