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Ma Yan, fille de paysans pauvres du nord-ouest de la Chine, dans la province du Ningxia, apprend un jour que sa famille n'a plus les moyens de l'envoyer à l'école. Elle a quatorze ans, et tous ses rêves s'éffondrent. Pour crier sa révolte, elle écrit à sa mère. Celle-ci, bouleversée par ce désespoir, confie la lettre, ainsi que trois carnets contenant le journal intime de sa fille, à des français de passage dans ce village du bout du monde. Parmi eux, le journaliste Pierre Haski... La bouteille à la mer est arrivée à bon port!
Ma Yan A SON BAC!
Bonjour,
Le retour de la “lettre des Enfants du Ningxia” avec toutes nos excuses pour ce long silence...
Mais surtout une grande nouvelle pour marquer ce retour: Ma Yan a réussi son “Gaokao”, son
examen de fin d’études, équivalent chinois du Bac mais aussi d’entrée à l’université. Cette
nouvelle nous réjouit au plus au point, et, au nom de tous ceux qui, depuis des années, se sont
mobilisés en faveur de ces enfants courageux du Ningxia, nous lui avons adressé nos plus vives
félicitations.
C’est pour elle l’aboutissement d’un rêve, exprimé haut et fort dans la lettre à sa mère et
dans son journal devenus, à travers le monde, le symbole du droit à l’éducation. Ma Yan rêvait de
pouvoir poursuivre sa scolarité, de faire des études pour contribuer de manière positive à la
société: elle y est parvenue, grâce à sa propre volonté d’abord, à ses efforts acharnés pour
rester dans le circuit scolaire et surmonter les nombreux obstacles placés sur sa voie.
Elle le doit aussi à son travail sans relâche pour rattraper son retard, celui qu’impose le fait de naître dans
un village isolé et misérable, surmonter le décalage entre un collège rural sans grand moyen our
ensuite affronter un lycée urbain et un examen national, et enfin d’être une fille, c’est-à-dire
bonne à marier à 15 ou 16 ans, pas destinée à faire des études coûteuses... Elle va pouvoir
désormais poursuivre des études universitaires: elle a exprimé le désir de le faire à l’étranger.
Nous essayons de voir comment l’aider à poursuivre son rêve.
Ce succès, Ma Yan le doit aussi à son aventure exceptionnelle, celle de son Journal qui a fait le
tour du monde grâce au geste désespéré de sa mère, un jour de 2001, de le confier à des
étrangers de passage comme on jette une bouteille à la mer. Une bouteille qui a su gagner le
coeur de centaines de milliers de lecteurs à travers le monde, des Etats-Unis à la Chine en
passant, bien sûr, par la France où le Journal a initialement été publié.
D’entrée de jeu, une poignée de personnes émue par son histoire a été convaincue de lui
tendre la main de la solidarité, rapidement rejoints par des centaines d’autres qui, depuis, n’ont
cessé de soutenir un effort concret, palpable, d’aide à l’éducation dans l’une des régions les plus
pauvres de Chine – un coin oublié par la croissance spectaculaire de ce pays devenu
incontournable dans la mondialisation économique. Pour tous ceux qui se sont mobilisés, qu’il
s’agisse des élèves qui, jusqu’à aujourd’hui, continuent d’étudier le Journal de Ma Yan et
l’accompagnent généralement d’un geste de solidarité, ou des réguliers qui, depuis des années,
n’ont jamais cessé de manifester leur soutien à cette association –en un mot, vous, les lecteurs
de cette lettre-, le succès scolaire de Ma Yan est une formidable récompense.
Le travail de l’Association
Un mot d’explication pour ce long silence: il est dû avant tout à mon changement de cap
professionnel. Comme certains d’entre vous le savent, j’ai quitté Libération en février pour me
lancer, avec quelques uns de mes camarades du journal, dans l’aventure du lancement d’un site
internet d’informations, Rue89.com, qui a démarré le 6 mai 2007. Ce fut, et cela reste, un travail
considérable, qui, hélas, m’a empêché de consacrer à la rédaction de cette lettre régulière le
temps que je parvenais autrefois à dégager. Toutes mes excuses pour cette absence.
Mais rassurez vous, comme je vous l’avais déjà écrit, silence ne signifie pas inaction: sur place,
en Chine, Perrine Lhuillier a non seulement poursuivi le travail de l’Association auprès des écoles
et des enfants, mais elle s’y consacre désormais à temps plein. Grâce à la générosité de l’un de
nos membres, qui nous a fait un don spécifique considérable, nous avons pu salarier Perrine à
Pékin, ce que nous nous étions refusés à faire jusqu’ici pour ne pas prélever de frais de
fonctionnement excessifs sur les dons des membres, les vôtres.
Ce petit budget spécifique nous permettra également d’indemniser à temps partiel notre
amie Linda à Paris, pour prendre en charge la gestion de l’Association, et prendre ainsi le relais du
travail que je n’ai hélas plus le temps d’assurer. Cela n’affaiblit en rien mon engagement dans
l’Association, ainsi que celui de tous ceux du “noyeau” dur engagé depuis la première heure. Mais
cela permettra de surmonter le “flottement” que nous avons traversé ces derniers mois par
manque de disponiblité, les aléas du bénévolat.
Un long chemin a été parcouru par l'association depuis le début de l'année 2007. Retour sur
cinq mois d'activités...
L'année a commencé en fanfare, avec la remise d'une donation de 48,000 € par les magasins
Hermès de Hong Kong. L'immense générosité d'Hermès nous a permis de consolider nos
programmes d'éducation.
La première étape de ce processus de consolidation a été de faire le point sur les besoins. En
effet, le gouvernement a beaucoup investi dans l'éducation en zone rurale depuis 2005, et il
était important de se demander où nos actions devaient se concentrer afin d'être les plus
efficaces possible. La donation Hermès nous a d'abord permis de financer une étude formelle des
besoins de la population en matière d'éducation. Des réunions villageoises ont été organisées au
cours desquelles tout le monde a pu s'exprimer (hommes, femmes, et enfants boursiers et non
boursiers). Nous avons aussi rendu visite à différents membres de l'administration chargés de
l'éducation, de façon à essayer de comprendre l'orientation future des actions gouvernementales
sur place, et ainsi ne pas les dédoubler.
Les conclusions de l’étude
Les conclusions de l'étude ont montré plusieurs choses :
- seules de rares familles ne peuvent s'acquitter des frais de scolarité des élèves du
primaire et du lycée (qui ont beaucoup diminué depuis 2004). Ce sont les familles les plus
pauvres, celles aussi pour lesquelles la gratuité de la scolarité ne suffit pas dès lors que l'enfant
est considéré comme une source de revenu.
- il est en revanche beaucoup plus difficile à la majorité des familles de s'acquitter des frais
de scolarité après le collège (lycée, formation professionnelle et université).
- notre système actuel d'attribution des bourses (sur courrier des élèves et conseil des
directeurs d'établissement) ne nous permet pas de toucher les enfants les plus défavorisés
- toutes les écoles n'ont pas bénéficié d'aide gouvernementale, et certaines d'entre elles
demeurent dans des conditions déplorables, surtout au niveau du primaire. Les fonds alloués par
le gouvernement à la réfection des écoles ont été dépensés et il n'est pas garanti que d'autres
fonds soient alloués dans un avenir proche.
- d'autres besoins ont été évoqués en matière de formation des professeurs dans les
écoles primaires (souvent, les professeurs ne sont pas formés et ne font pas classe tous les
jours car leur salaire est trop bas)
Nous avons commencé à ajuster nos actions sur la base de ces conclusions :
- Nous allons continuer de distribuer des bourses aux élèves qui en ont besoin du primaire à
l'université
- Nous avons cessé de financer les frais d'internat de tous les collégiens des collèges que
nous aidons. Cela constituait en effet une lourde dépense pour l'association, alors que la majorité
des familles peut s'acquitter de ces frais, qui ont par ailleurs fortement diminué (5 euros par
semestre actuellement) et seront supprimés d'ici 2009.
- Nous avons, avec les villageois, élaborés une grille de 10 critères sur la base desquelles
les bourses seront dorénavant attribuées. Nous allons désormais effectuer des enquêtes de
terrain tous les étés, avec des bénévoles de l'université du Ningxia, qui nous permettront
d'évaluer le nombre d'élèves ayant besoin d'une bourse dans un village donné. De cette façon,
tout le monde au sein d'un même village aura une chance d'accéder à une bourse, qui sera
attribuée selon les mêmes critères objectifs pour chacun.
- Grâce à la donation Hermès, nous avons pu multiplier nos actions dans le domaine de
l'aide matérielle aux écoles : l'école de l'un des villages où nous travaillons menaçait de
s'effondrer, et nous la faisons reconstruire ! Les élèves du lycée français de Hong Kong, lors de
leur voyage annuel au Ningxia en Mai 2007, ont apporté une bonne partie du matériel
pédagogique nécessaire au bon fonctionnement de cette école qui ne possédait rien.
- Nous sommes en train de réfléchir à la meilleure façon de travailler avec les professeurs,
de façon à les aider à se former et à améliorer la qualité de leur enseignement
L’aventure humaine continue
Ce bilan positif, mais quelque peu technique ne dit pas toute la formidable aventure humaine
qui se joue grâce à vous au Ningxia.
Comment décrire la détresse de certains, puis l'espoir qui point après la réception d'une
bourse autrement qu'en citant la lettre de l'un de nos boursier collégiens, déscolarisé à la suite
du décès de son père : « Je n'aurais jamais pu imaginer que vous me donneriez la chance de
retourner à l'école, ce qui me fait me sentir heureux et chanceux. Grâce à votre aide, j'ai regagné
ma confiance et ma fierté. » Les mots de cette autre boursière sont tout aussi touchants : « Je
vous écris pour vous dire que j'ai reçu l'argent de ma bourse. Je pensais que vous oublieriez les
enfants pauvres tels que nous, mais vous n'avez pas oublié. Je dois vous remercier de votre
gentillesse. Sans vous, je serais une enfant obligée de travailler. »
Comment exprimer le dynamisme de l'immense réseau international de solidarité qui s'est
tissé autour du Ningxia autrement qu'en annonçant l'enregistrement des branches Hongkongaise
et Espagnole de l'association, fruit du travail et de la patience de nombreuses bonnes volontés.
Les actions menées par de nombreux bénévoles en faveur de l'association sont tout aussi
révélatrices, et nous vous en remercions.
Comment enfin décrire la joie d'échanger et de partager. Cette année encore, la visite des
élèves du lycées français de Hong Kong a été un couronnée de succès : pendant une année, ils
ont levé des fonds au profit de l'association, et sont venus apporter aux écoles que nous aidons
un véritable trésor en matériel pédagogique, mais aussi en performances musicales diverses et
variées, en jeux et en multiples sourires. La pareille leur a été rendue par les élèves du Ningxia,
illustration même de la solidarité sur laquelle l'association repose et que nous espérons, avec
votre aide, continuer à promouvoir...
Amitiés à tous.
Pierre Haski
Avec Perrine Lhuilllier à Pékin