La LETTRE 40 Automne 2007

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                                   Ma Yan A SON BAC! 

 

Bonjour, 

 

    Le retour de la “lettre des Enfants du Ningxia” avec toutes nos excuses pour ce long silence... 

Mais surtout une grande nouvelle pour marquer ce retour: Ma Yan a réussi son “Gaokao”, son 

examen de fin d’études, équivalent chinois du Bac mais aussi d’entrée à l’université. Cette 

nouvelle nous réjouit au plus au point, et, au nom de tous ceux qui, depuis des années, se sont 

mobilisés en faveur de ces enfants courageux du Ningxia, nous lui avons adressé nos plus vives 

félicitations. 

    C’est pour elle l’aboutissement d’un rêve, exprimé haut et fort dans la lettre à sa mère et 

dans son journal devenus, à travers le monde, le symbole du droit à l’éducation. Ma Yan rêvait de 

pouvoir poursuivre sa scolarité, de faire des études pour contribuer de manière positive à la 

société: elle y est parvenue, grâce à sa propre volonté d’abord, à ses efforts acharnés pour 

rester dans le circuit scolaire et surmonter les nombreux obstacles placés sur sa voie.
Elle le doit aussi à son travail sans relâche pour rattraper son retard, celui qu’impose le fait de naître dans 

un village isolé et misérable, surmonter le décalage entre un collège rural sans grand moyen our 

ensuite affronter un lycée urbain et un examen national, et enfin d’être une fille, c’est-à-dire 

bonne à marier à 15 ou 16 ans, pas destinée à faire des études coûteuses... Elle va pouvoir 

désormais poursuivre des études universitaires: elle a exprimé le désir de le faire à l’étranger. 

Nous essayons de voir comment l’aider à poursuivre son rêve. 
 

    Ce succès, Ma Yan le doit aussi à son aventure exceptionnelle, celle de son Journal qui a fait le 

tour du monde grâce au geste désespéré de sa mère, un jour de 2001, de le confier à des 

étrangers de passage comme on jette une bouteille à la mer. Une bouteille qui a su gagner le 

coeur de centaines de milliers de lecteurs à travers le monde, des Etats-Unis à la Chine en 

passant, bien sûr, par la France où le Journal a initialement été publié.  
 

    D’entrée de jeu, une poignée de personnes émue par son histoire a été convaincue de lui 

tendre la main de la solidarité, rapidement rejoints par des centaines d’autres qui, depuis, n’ont 

cessé de soutenir un effort concret, palpable, d’aide à l’éducation dans l’une des régions les plus 

pauvres de Chine – un coin oublié par la croissance spectaculaire de ce pays devenu 

incontournable dans la mondialisation économique. Pour tous ceux qui se sont mobilisés, qu’il 

s’agisse des élèves qui, jusqu’à aujourd’hui, continuent d’étudier le Journal de Ma Yan et 

l’accompagnent généralement d’un geste de solidarité, ou des réguliers qui, depuis des années, 

n’ont jamais cessé de manifester leur soutien à cette association –en un mot, vous, les lecteurs 

de cette lettre-, le succès scolaire de Ma Yan est une formidable récompense. 

 
 

Le travail de l’Association 

 

    Un mot d’explication pour ce long silence: il est dû avant tout à mon changement de cap 

professionnel. Comme certains d’entre vous le savent, j’ai quitté Libération en février pour me 

lancer, avec quelques uns de mes camarades du journal, dans l’aventure du lancement d’un site 

internet d’informations, Rue89.com, qui a démarré le 6 mai 2007. Ce fut, et cela reste, un travail 

considérable, qui, hélas, m’a empêché de consacrer à la rédaction de cette lettre régulière le 

temps que je parvenais autrefois à dégager. Toutes mes excuses pour cette absence. 
 

    Mais rassurez vous, comme je vous l’avais déjà écrit, silence ne signifie pas inaction: sur place, 

en Chine, Perrine Lhuillier a non seulement poursuivi le travail de l’Association auprès des écoles 

et des enfants, mais elle s’y consacre désormais à temps plein. Grâce à la générosité de l’un de 

nos membres, qui nous a fait un don spécifique considérable, nous avons pu salarier Perrine à 

Pékin, ce que nous nous étions refusés à faire jusqu’ici pour ne pas prélever de frais de 

fonctionnement excessifs sur les dons des membres, les vôtres. 
 

     Ce petit budget spécifique nous permettra également d’indemniser à temps partiel notre 

amie Linda à Paris, pour prendre en charge la gestion de l’Association, et prendre ainsi le relais du 

travail que je n’ai hélas plus le temps d’assurer. Cela n’affaiblit en rien mon engagement dans 

l’Association, ainsi que celui de tous ceux du “noyeau” dur engagé depuis la première heure. Mais 

cela permettra de surmonter le “flottement” que nous avons traversé ces derniers mois par 

manque de disponiblité, les aléas du bénévolat. 
 

     Un long chemin a été parcouru par l'association depuis le début de l'année 2007. Retour sur 

cinq mois d'activités... 

    L'année a commencé en fanfare, avec la remise d'une donation de 48,000 € par les magasins 

Hermès de Hong Kong. L'immense générosité d'Hermès nous a permis de consolider nos 

programmes d'éducation. 
 

    La première étape de ce processus de consolidation a été de faire le point sur les besoins. En 

effet, le gouvernement a beaucoup investi dans l'éducation en zone rurale depuis 2005, et il 

était important de se demander où nos actions devaient se concentrer afin d'être les plus 

efficaces possible. La donation Hermès nous a d'abord permis de financer une étude formelle des 

besoins de la population en matière d'éducation. Des réunions villageoises ont été organisées au 

cours desquelles tout le monde a pu s'exprimer (hommes, femmes, et enfants boursiers et non 

boursiers). Nous avons aussi rendu visite à différents membres de l'administration chargés de 

l'éducation, de façon à essayer de comprendre l'orientation future des actions gouvernementales 

sur place, et ainsi ne pas les dédoubler. 

 

Les conclusions de l’étude 

 

    Les conclusions de l'étude ont montré plusieurs choses : 

-          seules de rares familles ne peuvent s'acquitter des frais de scolarité des élèves du 

primaire et du lycée (qui ont beaucoup diminué depuis 2004). Ce sont les familles les plus 

pauvres, celles aussi pour lesquelles la gratuité de la scolarité ne suffit pas dès lors que l'enfant 

est considéré comme une source de revenu. 
 

-          il est en revanche beaucoup plus difficile à la majorité des familles de s'acquitter des frais 

de scolarité après le collège (lycée, formation professionnelle et université). 
 

-          notre système actuel d'attribution des bourses (sur courrier des élèves et conseil des 

directeurs d'établissement) ne nous permet pas de toucher les enfants les plus défavorisés 
 

-          toutes les écoles n'ont pas bénéficié d'aide gouvernementale, et certaines d'entre elles 

demeurent dans des conditions déplorables, surtout au niveau du primaire. Les fonds alloués par 

le gouvernement à la réfection des écoles ont été dépensés et il n'est pas garanti que d'autres 

fonds soient alloués dans un avenir proche. 
 

-          d'autres besoins ont été évoqués en matière de formation des professeurs dans les 

écoles primaires (souvent, les professeurs ne sont pas formés et ne font pas classe tous les 

jours car leur salaire est trop bas)  

 
Nous avons commencé à ajuster nos actions sur la base de ces conclusions :

-  Nous allons continuer de distribuer des bourses aux élèves qui en ont besoin du primaire à 

l'université 
 

- Nous avons cessé de financer les frais d'internat de tous les collégiens des collèges que 

nous aidons. Cela constituait en effet une lourde dépense pour l'association, alors que la majorité 

des familles peut s'acquitter de ces frais, qui ont par ailleurs fortement diminué (5 euros par 

semestre actuellement) et seront supprimés d'ici 2009. 
 

-  Nous avons, avec les villageois, élaborés une grille de 10 critères sur la base desquelles 

les bourses seront dorénavant attribuées. Nous allons désormais effectuer des enquêtes de 

terrain tous les étés, avec des bénévoles de l'université du Ningxia, qui nous permettront 

d'évaluer le nombre d'élèves ayant besoin d'une bourse dans un village donné. De cette façon, 

tout le monde au sein d'un même village aura une chance d'accéder à une bourse, qui sera 

attribuée selon les mêmes critères objectifs pour chacun. 
 

-  Grâce à la donation Hermès, nous avons pu multiplier nos actions dans le domaine de 

l'aide matérielle aux écoles : l'école de l'un des villages où nous travaillons menaçait de 

s'effondrer, et nous la faisons reconstruire ! Les élèves du lycée français de Hong Kong, lors de 

leur voyage annuel au Ningxia en Mai 2007, ont apporté une bonne partie du matériel 

pédagogique nécessaire au bon fonctionnement de cette école qui ne possédait rien. 
 

- Nous sommes en train de réfléchir à la meilleure façon de travailler avec les professeurs, 

de façon à les aider à se former et à améliorer la qualité de leur enseignement 

 
 

L’aventure humaine continue 

 

     Ce bilan positif, mais quelque peu technique ne dit pas toute la formidable aventure humaine 

qui se joue grâce à vous au Ningxia. 
 

     Comment décrire la détresse de certains, puis l'espoir qui point après la réception d'une 

bourse autrement qu'en citant la lettre de l'un de nos boursier collégiens, déscolarisé à la suite 

du décès de son père : «  Je n'aurais jamais pu imaginer que vous me donneriez la chance de 

retourner à l'école, ce qui me fait me sentir heureux et chanceux. Grâce à votre aide, j'ai regagné 

ma confiance et ma fierté. » Les mots de cette autre boursière sont tout aussi touchants : « Je 

vous écris pour vous dire que j'ai reçu l'argent de ma bourse. Je pensais que vous oublieriez les 

enfants pauvres tels que nous, mais vous n'avez pas oublié. Je dois vous remercier de votre 

gentillesse. Sans vous, je serais une enfant obligée de travailler. » 
 

     Comment exprimer le dynamisme de l'immense réseau international de solidarité qui s'est 

tissé autour du Ningxia autrement qu'en annonçant l'enregistrement des branches Hongkongaise 

et Espagnole de l'association, fruit du travail et de la patience de nombreuses bonnes volontés. 

Les actions menées par de nombreux bénévoles en faveur de l'association sont tout aussi 

révélatrices, et nous vous en remercions. 
 

     Comment enfin décrire la joie d'échanger et de partager. Cette année encore, la visite des 

élèves du lycées français de Hong Kong a été un couronnée de succès : pendant une année, ils 

ont levé des fonds au profit de l'association, et sont venus apporter aux écoles que nous aidons 

un véritable trésor en matériel pédagogique, mais aussi en performances musicales diverses et 

variées, en jeux et en multiples sourires. La pareille leur a été rendue par les élèves du Ningxia, 

illustration même de la solidarité sur laquelle l'association repose et que nous espérons, avec 

votre aide, continuer à promouvoir... 

 

Amitiés à tous. 

Pierre Haski 

Avec Perrine Lhuilllier à Pékin 

 

Publié dans LETTRES DU NINGXIA-

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